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Du métal à la Star Ac ?

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À la Star Ac il n’y a jamais de métal. Et franchement on se fait gentiment balader. Chaque année tu rallumes la télé plein d’espoir, tu vois le château tout propre, tout mignon, tu entends parler de rêves de gosse, d’émotions, de partage avec le public. Ton petit cœur de metalleux se réchauffe, tu te dis « ce soir ils vont lâcher une guitare 7 cordes qui transpire et un scream bien sale ». Et puis non.

À la place tu te prends une reprise de Céline Dion, un petit Ed Sheeran, un Patrick Bruel en duo émotion pampers avec fumée rose et paillettes. Toi tu es dans ton canapé, tout en noir avec un t shirt de festival troué, en train de te demander si quelqu’un chez TF1 n’a pas sacrifié le mot « distorsion » dans un rituel chelou pour ne plus jamais avoir à l’entendre. On dirait que dès que quelqu’un prononce « guitare saturée », une alarme se déclenche au standard.

Là bas ils parlent de « travailler l’interprétation », « gérer l’émotion », « regarder la caméra avec sincérité ». Nous, en métal, on parle de double pédale, de mur de son, de wall of death, et de comment survivre à deux heures de headbang sans finir coincé chez l’ostéo avec un collier cervical. Pas exactement la même fiche pédagogique.

Imagine une seconde Nikos qui annonce d’une voix grave « ce prime est placé sous le signe du metal symphonique, avec Kevin sur Rammstein ». La prod fait un malaise collectif, les assurances appellent leur avocat, le voisin du studio rédige sa plainte pour tapage avant même la répétition. Le pire, c’est qu’on n’a pas encore lancé le moindre riff.

Dans les cours de chant du château on t’explique « respire par le ventre, visualise ta colonne d’air, envoie le son devant ». En métal on est plutôt sur « imagine que tu as un démon coincé dans la cage thoracique, ouvre la bouche, laisse le sortir, mais sans finir aux urgences ORL ». Le résultat n’est pas le même au micro, mais le frisson est largement plus intéressant.

Les tableaux de groupe, c’est encore un autre délire. À la Star Ac, c’est combinaisons qui brillent, choré disco, canon à confettis, sourire colgate et petites mains qui dessinent des cœurs dans l’air. En version métal ce serait cuir, maquillage qui coule, guitares accordées plus bas que ton niveau d’énergie un lundi matin, et un présentateur obligé de dire « attention ne poussez pas mamie dans le circle pit merci ». Là oui, on commence à parler de show télé historique.

Imagine le thème de la semaine « les chansons d’amour ». La prod regarde le candidat metalleux tatoué, barbu, t shirt noir collection officielle « Hellfest sale édition », et lui balance très sérieusement « alors pour toi ce sera Je te promets de Johnny, avec chorale gospel, pluie de confettis cœurs roses et travelling avant sur ton regard mouillé ». Dans sa tête à lui ça fait juste « blast beat, blast beat, blast beat ». Le gars est à deux doigts de demander s’il peut au moins hurler la dernière phrase.

Côté danse, ça devient franchement torride. Le prof explique d’habitude « là vous faites un pas chassé, petit sourire, regard caméra, bras qui s’ouvre vers le public ». En version métal ce serait plutôt « là vous avancez comme si vous sortiez des enfers, vous regardez le public comme si vous hésitiez entre les aimer et les dévorer, vous cassez deux ou trois cervicales en headbang et on termine sur un solo de guitare de trois minutes avec fumée et flammes ». À ce stade, les pompiers ne sont plus invités, ils font partie du casting.

Le vrai problème, c’est que le métal ne sait pas faire semblant. Il ne te dit pas « merci le public vous êtes incroyables » toutes les trente secondes entre deux chorés. Il te regarde droit dans l’âme et te murmure « ouvre un pit mon grand et règle tes frustrations autrement que dans les commentaires Facebook ». Difficile à caser entre un medley de variété et un duo piano voix de Goldman sous pluie de paillettes.

Et pendant que la télé fait semblant que le métal n’existe pas, la France, elle, fait l’inverse. On ne parle pas d’un micro truc obscur avec trois chevelus qui hurlent dans une cave. Des études sur les goûts musicaux montrent que le métal et le hard rock tournent autour de 7 à 10 % des genres préférés des gens, selon les enquêtes et les catégories utilisées. Ça a l’air petit dit comme ça, mais 7 à 10 % de la population française, ça fait plusieurs millions de personnes avec des t shirts noirs dans les armoires et des cervicales fragilisées scientifiquement par le headbang.

Tu ajoutes à ça les streams : la catégorie « rock métal » fait partie des genres qui tournent très bien sur les plateformes, avec des niveaux d’écoute comparables à d’autres styles majeurs. Autrement dit, les metalleux ne sont pas seulement dans les fosses, ils sont aussi dans les écouteurs, au boulot, dans le métro, et discrètement à la salle de sport en train de soulever leurs traumas d’ado.

Et puis il y a les festivals. Le Hellfest, par exemple, c’est pas la fête de la fanfare municipale. On parle d’environ 240 000 à 280 000 personnes sur un week end, selon les éditions, soit une ville entière de gens qui trouvent normal de passer quatre jours dans la poussière ou la boue pour écouter du bruit très organisé avec des solos qui durent plus longtemps que certaines relations amoureuses.

Sans parler du reste : des milliers de groupes de metal répertoriés en France, littéralement plusieurs milliers d’artistes qui consacrent leur temps libre, leur argent et parfois leur santé mentale à faire hurler des amplis. Un recensement recensait plus de 6 000 groupes de metal en France, soit grosso modo un groupe pour un peu plus de dix mille habitants. Ça commence à faire beaucoup de gens qui trouvent que « growler » est une activité normale du week end.

Donc quand la télé fait comme si le métal, « c’est sympa mais c’est une niche », en réalité elle tourne le dos à un public massif, fidèle, passionné, qui achète des billets, des albums, des vinyles, des bières trop chères en festival et parfois même des éditions limitées qu’on n’ose pas ouvrir. Ce sont des gens qui connaissent les paroles par cœur, qui voyagent pour voir leurs groupes, qui remplissent un festival entier au milieu des champs, mais à qui on explique que, désolé, sur le prime du samedi soir, « ça ne parle pas assez à tout le monde ».

Sauf que « tout le monde », en France, inclut justement ces millions de personnes qui ont déjà mis les pieds dans un concert de rock ou de metal, et qui seraient parfaitement capables de comprendre un tableau télé où la guitare a autre chose à faire que gratter trois accords en mode feu de camp. À un moment donné, ce n’est plus un genre marginal, c’est un public qu’on snobe avec élégance sous prétexte de « cible ».

Et malgré ça, on sait très bien ce qui se passerait si on leur laissait cinq minutes de plateau. Tu colles un vrai groupe de métal avec un bon son, un orchestre symphonique derrière, des chœurs qui cognent et un candidat qui sait hurler sans se démonter la gorge. La moitié du public crie au scandale, l’autre moitié dit « j’aime pas trop mais sur scène ça envoie quand même ». Et au milieu, quelques ados découvrent que la guitare peut servir à autre chose qu’à grattouiller trois accords en acoustique sur la plage dans l’espoir de pécho la petite brune assise à coté de lui.

Avoue qu’une présentation d’un vrai metalleux aurait une autre saveur. Voix off douce : « Depuis qu’il a découvert le métal à 13 ans, Kevin ne dort plus la nuit. Il accorde ses guitares trop bas, il met du noir partout, il collectionne les vinyles qui font peur aux voisins. Mais ce soir, il va tenter de prouver au public du château qu’on peut crier très fort tout en restant fragile à l’intérieur. » Plan sur Kevin qui explique « j’écris sur la rage, la société, et les gens qui mangent des chips en faisant du bruit pendant les solos ». Là on parle de vrai drame humain, pas d’une histoire de « tu m’as ghosté sur WhatsApp ».

Un prime spécial métal changerait tout. Pour une fois, les candidats apprendraient le jazz, la comédie musicale, la variété, mais aussi l’art du scream bien placé, l’utilisation saine de la saturation et le pouvoir mystérieux du break qui te saisit au ventre. Ils découvriraient que le métal peut être torride, intense, sensuel. Pas besoin de peignoir en satin pour faire monter la température. Un riff qui grimpe, un break qui ralentit toutes les pulsations, un cri qui explose au bon moment, et tout le corps du public chauffe plus vite qu’un slow de bal de village.

Alors soyons clairs, Star Ac : personne ne te demande de transformer le château en Hellfest, avec camping dans le jardin, bière tiède au petit déjeuner et pogo dans le self. On veut juste un prime par saison, un seul. Un bon gros tableau métal bien assumé, guitares qui arrachent, lumières brûlantes, maquillage qui dégouline un peu, et un public qui découvre que la sueur, le volume et les émotions brutes, ça peut aussi être de la musique à partager en famille.

Promis, ce soir là on sort les t shirts noirs, les cheveux lâchés, et on chante même ton générique, mais en version gutturale avec double pédale. Toi tu gardes tes caméras, tes coachs larmoyants, nous on amène les amplis et les bouchons d’oreilles pour le voisinage. Tout le monde y gagne.

En attendant, on continue à regarder tes primes en espérant entendre une guitare saturée, et on finit toujours avec un slow de Jean Jacques Goldman. La vie est parfois cruelle, surtout pour un metalleux coincé devant la télé avec une télécommande, aucun bouton « blast beat », et beaucoup trop de paillettes pour un soir de semaine.

#Alexia Laroche-Joubert #starac #Tf1 #jaipiscine

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