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Il existe des gens qui, après un festival, prennent quelques jours de repos, rangent les barrières, dorment douze heures d’affilée et reprennent une vie normale.
Et puis il existe Maxime.
Le genre d’humain qui termine un festival de plusieurs milliers de personnes et qui, quelques jours plus tard, est déjà en train de penser à l’édition suivante, à déplacer un bar de quelques mètres, à fluidifier une sortie ou à imaginer ce que pourrait devenir ce drôle de village musical qu’il a contribué à faire grandir.
Parce qu’il faut être honnête. La Corde Raide n’est plus vraiment un festival. C’est devenu une espèce de créature vivante. Un joyeux monstre fait de guitares, de bénévoles, de rencontres improbables, de coups de cœur musicaux et de cette bienveillance devenue bien trop rare dans notre époque.
Cette année, le funambule a réussi son pari le plus fou. Faire sortir La Corde Raide de ses murs, l’emmener en plein air, lui faire prendre une autre dimension… sans lui faire perdre son âme. Et ça, franchement, ce n’était pas gagné.
Parce que les festivals, on le sait, vivent des temps compliqués. Certains réduisent la voilure. D’autres disparaissent carrément. Et pourtant, au milieu de tout ça, une bande d’irréductibles Pontchâtelains a réussi à construire un rendez-vous où l’on vient autant pour les concerts que pour l’ambiance, les retrouvailles et cette étrange sensation d’être chez soi au milieu de milliers de personnes.
Dans cette nouvelle entrevue avec Maxime, on parle évidemment du bilan de cette édition 2026, des réussites, des quelques galères, des idées qui germent déjà pour la suite… mais aussi d’une annonce qui va forcément faire réagir.
Une décision surprenante. Courageuse même.
La preuve qu’aimer un festival, ce n’est pas seulement vouloir qu’il ait lieu tous les ans. C’est parfois accepter de prendre le temps de le rendre plus fort pour qu’il continue à vivre encore longtemps.
Alors reprenez un gobelet souvenir, remettez un peu de poussière sur vos chaussures et remontez avec nous sur le fil.
MadBreizh
Quelques semaines après le festival, tu as enfin récupéré du sommeil ou tu erres encore dans les rues avec un gobelet vide à la main ? Plus sérieusement, quel bilan tires-tu de cette édition 2026 ?
Maxime
On est encore un peu dedans, forcément. On est toujours dans la saison et on vient tout juste de terminer l’organisation de la Fête de la Musique à Pontchâteau, donc on ne s’est pas vraiment arrêtés. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on a d’excellents retours, que ce soit de la part des festivaliers, de nos bénévoles ou encore de nos partenaires.
Cela fait deux ans qu’on travaille sur cette nouvelle formule. On voulait retrouver l’esprit des festivals d’il y a vingt ans, avec quelque chose de très humain, de bienveillant et de convivial. Et honnêtement, tout ce qu’on avait imaginé s’est à peu près passé comme on l’espérait. Évidemment, il y a encore des choses à améliorer, comme après chaque édition. Mais le bilan est vraiment bon. On a sincèrement l’impression que tout s’est bien passé et, surtout, qu’on a réussi à conserver l’image et les valeurs que l’on voulait transmettre à travers ce festival.
MadBreizh
On a vu un public particulièrement fidèle et une ambiance de dingue. Est-ce qu’il y a eu un moment précis où tu t’es dit : « La magie de La Corde Raide est toujours là, et elle est peut-être même encore plus forte qu’avant ? »
Maxime
Franchement, c’est surtout dans les retours des festivaliers historiques. Des gens qui nous suivent depuis très longtemps, qui adoraient le festival en salle et qui nous ont dit :
« C’est extraordinaire, c’est même mieux qu’avant. »
Évidemment, ça fait plaisir et c’est une vraie fierté. Mais surtout, cela prouve que le festival n’a pas été dénaturé. Il a été développé, amélioré, tout en conservant son identité. Les bénévoles nous ont aussi énormément rassurés. On est passés d’une centaine de bénévoles à plus de cinq cents. On pouvait légitimement se demander si on allait réussir à garder l’esprit de famille et la bienveillance qui font partie de l’ADN du festival. Et finalement, le retour est unanime : on a grandi, mais on n’a pas changé de nature.
C’était l’un de nos plus grands défis en passant d’un festival en salle à un festival en extérieur. On a proposé autre chose, tout en essayant de conserver les valeurs que nous défendons depuis le début, et visiblement, on y est parvenus.
MadBreizh
C’est vrai que le passage d’un festival en salle, avec des concerts qui s’enchaînent, à un véritable open air, ce n’est plus du tout le même monde. Organiser un festival aujourd’hui, c’est un peu comme faire du jonglage sur un monocycle au milieu d’un champ de mines. Quelles ont été les plus grosses galères et les plus belles surprises de cette édition ?
Maxime
Des galères, il y en a eu très peu, finalement.
La plus importante est arrivée avant le festival, avec un changement de prestataire technique à seulement un mois de l’événement. Cela aurait pu très mal se passer, mais nous avons rencontré des personnes extraordinaires, aussi bien humainement que professionnellement, et cela nous a permis de trouver rapidement des solutions. Pendant le festival lui-même, nous avons surtout identifié quelques points d’amélioration, notamment la fluidité à la sortie du Carré d’Argent ou certains moments de cohue en fin de soirée. Mais ce sont des choses que nous n’aurions pas forcément pu anticiper et pour lesquelles nous avons déjà des solutions.
Au final, la plus belle surprise, c’est de voir que le festival a fonctionné à peu près comme nous l’avions imaginé. La circulation du public, la scénographie et la programmation ont trouvé leur équilibre. Cela aurait pu être beaucoup plus compliqué, avec des zones saturées ou, au contraire, des scènes désertées. Mais tout s’est très bien passé et cela nous conforte dans les choix que nous avons faits pour cette nouvelle formule.
MadBreizh
Cette édition a-t-elle déjà fait naître de nouvelles idées pour la suite ?
Maxime
Oui, beaucoup. On veut améliorer certains horaires de programmation, continuer à faire évoluer l’offre des bars, travailler sur l’entrée du festival pour gagner en fluidité et mieux utiliser certains espaces. Le bar à vin, par exemple, a été une vraie réussite et pourrait être déplacé près de l’eau, dans un endroit encore plus adapté. L’idée générale, c’est de reproduire ce qui a fonctionné, mais en améliorant tout ce qui peut l’être.
Il y a encore de la place pour grandir, mais notre priorité reste de gagner en fluidité, en confort et de continuer à faire venir des artistes qu’on ne voit pas habituellement dans la région.
MadBreizh
Parlons maintenant de l’avenir. Tu vas nous annoncer quelque chose qui va forcément surprendre beaucoup de monde : il n’y aura pas de Festival La Corde Raide en 2027. C’est assez inattendu quand on voit l’enthousiasme du public et tous les excellents retours de cette édition. Pourquoi ce choix ?
Maxime
Oui, c’est une décision qui peut surprendre, parce que tout s’est très bien passé et que les retours sont excellents. Mais c’est aussi précisément parce que cette nouvelle formule a fonctionné et qu’elle nous ouvre beaucoup de perspectives que nous avons choisi de prendre le temps de bien faire les choses.
Cette décision a été prise de manière unanime par le comité de pilotage et le bureau de l’association, en concertation avec les collectivités locales et nos partenaires. Ce n’est pas une pause décidée parce que le festival ne fonctionne pas. Au contraire, cette édition nous a permis de poser des fondations très solides.
Pendant deux ans, nous avons travaillé sur ce nouveau format. Nous avons pris des risques, testé beaucoup de choses et énormément appris. Nous savons aujourd’hui ce qui fonctionne, ce qui doit être amélioré et dans quelle direction nous voulons aller. Notre volonté n’est pas simplement d’organiser une prochaine édition coûte que coûte. Nous voulons construire un festival capable de durer dans le temps, de continuer à exister dans dix ou quinze ans et bien plus … tout en conservant son esprit familial, humain et bienveillant.
Pour y parvenir, il faut parfois accepter de prendre du recul. Nous avons besoin de temps pour rassembler toutes les expériences de cette première édition en extérieur, consolider le modèle économique, améliorer l’organisation, travailler sereinement avec les équipes, les collectivités et les partenaires, et préparer une programmation encore plus forte.
Il y a également une réalité financière. Malgré la réussite artistique et humaine du festival, cette édition a entraîné des pertes, notamment en raison de la fréquentation du jeudi, même si cela a déjà été largement expliqué. C’est dans ce contexte que nous avons lancé, il y a environ un mois, une cagnotte destinée à aider l’association à combler une partie du déficit et à préserver l’avenir du festival. Les personnes qui ont participé ne l’ont pas simplement fait pour financer une date ou une édition précise. Elles l’ont fait pour que La Corde Raide continue d’exister.
À nos yeux, la décision la plus responsable vis-à-vis de ces personnes est justement de ne pas nous précipiter. Organiser une nouvelle édition trop rapidement, sans avoir eu le temps de stabiliser les finances et le fonctionnement du festival, serait prendre le risque de fragiliser tout le projet. La cagnotte nous aide à absorber une partie des pertes de cette année, mais elle nous permet surtout de préparer la suite sur des bases plus saines. Elle participe à cette volonté de construire quelque chose de solide plutôt que de fermer les yeux et de repartir immédiatement en espérant que tout ira bien.
Nous voyons aujourd’hui beaucoup de festivals connaître de grandes difficultés, parfois jusqu’à disparaître. Le contexte économique est compliqué, les financements sont plus difficiles à obtenir et les marges d’erreur sont devenues très faibles. Nous avons donc préféré faire un choix humain, collectif et responsable. L’objectif n’est pas de sauter une année pour revenir une seule fois. L’objectif est que La Corde Raide puisse revenir plus forte, puis continuer encore pendant de nombreuses années.
Ce report de l’édition 2027 n’est donc pas un recul. C’est une étape nécessaire pour transformer tout ce que nous avons appris cette année en un festival encore plus solide, plus fort et véritablement pérenne.
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Avant de refermer cette parenthèse enchantée, un immense merci à Maxime d’avoir pris le temps de répondre à nos questions avec autant de sincérité et de transparence.
Cette édition 2026 restera comme un moment à part, celui d’un pari un peu fou devenu une magnifique réussite humaine et musicale.
On comprend, on respecte et on soutient ce choix de prendre le temps de construire l’avenir plutôt que de brûler les étapes. Parce qu’au fond, ce que l’on veut tous, c’est la même chose : que La Corde Raide continue de faire vibrer Pontchâteau pendant encore de très nombreuses années.
Alors, on range les appareils photo, on replie les gobelets souvenirs et on met les guitares en veille pour quelque temps…
Mais ce n’est qu’un au revoir.
On se donne rendez-vous en 2028 pour reprendre cette belle aventure, retrouver cette incroyable famille de festivaliers, de bénévoles et d’artistes, et écrire ensemble un nouveau chapitre de cette folle et magnifique histoire qu’est devenue La Corde Raide.
Entrevue réalisé le 16/07/2026.






