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Carnavalorock 2026 : le guide de survie pour deux nuits à Robien (prévoyez des bouchons, oubliez votre canette)

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Il existe à Saint-Brieuc une association qui s’appelle Les Déboucheurs de Tympans.

Relisez ce nom. Imaginez la réunion de fondation, en octobre 2016, autour d’une table en formica. Quelqu’un propose « Association Culturelle Briochine pour la Promotion des Musiques Actuelles ». Un autre lève la main, la bouche pleine de chips, et dit : « Non. On va leur déboucher les tympans. » Applaudissements. Vote à main levée. Le reste appartient à l’histoire.

Et cette histoire, justement, elle est plus vieille que la moitié des festivaliers. Carnavalorock naît en avril 1990, salle de Robien, devant 1 700 personnes. À l’époque, on y croise les Rita Mitsouko, IAM, les Buzzcocks, Ludwig Von 88, The Exploited. Huit éditions plus tard, en 1997, le festival attire 7 000 personnes. Puis il s’arrête. Vingt ans de silence. Le genre de pause qu’on réserve normalement aux groupes de prog qui se fâchent pour une histoire de droits sur un solo de flûte.

En 2017, les Déboucheurs le ressuscitent avec Diogène Productions et 3C. Plus de 4 600 personnes répondent présent sur deux soirs. Le patient respire. Le patient pogote, même.

Les 16 et 17 octobre 2026, Carnavalorock retourne là où tout a commencé : salle de Robien. On vous a déjà parlé de l’affiche. Cette fois, on vous explique comment en sortir vivant.

Avant de partir : la logistique, ou l’art de ne pas pleurer sur un parking

Le parking de Robien sera fermé pendant le festival. Je le répète pour la personne au fond qui pense « oui mais moi je me gare toujours là » : fermé. Un parking de repli vous attend à 500 mètres, au croisement de la rue Pierre de Coubertin et du boulevard Édouard Herriot. Cinq cents mètres, c’est l’échauffement idéal. Ou la distance exacte pour regretter vos Doc Martens neuves.

Les bus TUB desservent le centre-ville, si vous préférez laisser le volant à quelqu’un de sobre par contrat.

Côté porte-monnaie : 38 € la soirée, 65 € le pass deux jours. Billets sur le site du festival et dans les réseaux classiques (Fnac, Carrefour, Cultura, Leclerc). Ouverture des portes à 18 h le vendredi, 17 h 30 le samedi.

Et maintenant, la liste des objets interdits, que j’ai lue avec l’attention d’un moine copiste : bouteilles en verre, canettes, nourriture et boissons de l’extérieur, aérosols, objets tranchants, armes, substances illicites, gros bagages, appareils photo pro sans accréditation.

Donc non, vous ne viendrez pas avec votre valise à roulettes remplie de sandwichs au pâté et d’une bombe de laque pour tenir la crête. Je sais. C’est dur. On traverse ça ensemble.

Pas de vestiaire non plus. Votre veste en jean patchée, vous la garderez sur le dos, nouée autour de la taille ou sacrifiée au sol de Robien en offrande aux dieux du pogo.

Dernier point, en majuscules sur le site, et ils ont raison : TOUTE SORTIE EST DÉFINITIVE. Vous sortez fumer, vous rentrez chez vous. Le festival applique la philosophie du saut à l’élastique sans élastique.

Bonne nouvelle quand même : un food truck servira galettes, saucisses et crêpes. On est en Bretagne. Si on vous avait annoncé des bao végétaliens au yuzu, il aurait fallu appeler les secours.

Vendredi 16 octobre : la soirée où personne ne joue la même musique, et c’est le principe

Le vendredi ressemble à une playlist composée par cinq potes qui ne se sont jamais parlé. Et ça fonctionne, parce que Sam Burlot, le président des Déboucheurs, l’a dit un jour : il cherche des « groupes qui ont des idées et qui refusent les frontières ». Vendredi, les frontières ont pris un RTT.

Moundrag ouvre le bal. Deux frères de Paimpol, Camille et Colin Goellaën Duvivier. Un orgue, une batterie. Pas de guitare. Vous avez bien lu. Deux types ont regardé le rock des années 70, ont vu Emerson, Lake & Palmer, Deep Purple, Black Sabbath, et se sont dit : « La guitare, c’est surfait. » Le résultat sonne comme si Jon Lord avait été enfermé dans une chapelle bretonne avec un batteur sous Red Bull. Leurs albums s’appellent Hic Sunt Moundrages et Deux. Du latin et un chiffre. Des gens sérieux. Des gens qui font peur.

Miossec, ensuite. Le Brestois. L’homme qui écrit des chansons comme on dit les choses à 3 h du matin, quand on a arrêté de faire semblant. Il revient sur scène avec la tournée de Simplifier, un album dont le titre sonne comme un ordre donné à tout le reste de l’industrie musicale. Pour cette tournée, il a sorti de la naphtaline une boîte à rythmes Elka Drummer One de 1969. Une machine plus âgée que la plupart des techniciens son de France. Après une période où il a dû se battre pour de vrai, loin des scènes, le voir debout à Robien aura une saveur particulière. On ne fera pas de blague là-dessus. On ira juste applaudir fort.

Keziah Jones débarque de Lagos avec son blufunk sous le bras. Le blufunk, c’est lui qui l’a inventé, et il l’a même écrit sur la pochette de son premier album : Blufunk Is a Fact! On ne discute pas avec un titre pareil. Son dernier disque, Alive and Kicking, a été enregistré en live dans les studios de Femi Kuti à Lagos. Si vous ne connaissez de lui que « Rhythm Is Love », préparez-vous à découvrir qu’un homme peut jouer de la guitare comme s’il la chatouillait jusqu’à ce qu’elle avoue.

Cachemire arrive de Nantes avec des guitares qui ont mangé du papier de verre au petit-déjeuner. Fred Bastard au chant, Alice Animal en renfort à la guitare depuis 2025, et un quatrième album, Suffit juste d’une seconde, enregistré à Bruxelles. Le nom du groupe évoque un pull doux et cher. La musique évoque plutôt le pull qu’on vous arrache en pleine fosse. Rock français, textes qui mordent, aucune envie de vous faire plaisir. Ce qui, évidemment, vous fera très plaisir.

La Phaze clôt la soirée. Angers, 1999, et l’invention d’un genre au nom d’onomatopée : le pungle. Punk plus jungle. Dub, ragga, drum and bass, hip-hop, le tout passé au mixeur réglé sur « tremblement de terre ». Leur dernier album s’appelle Pungle Generation, et à ce stade de la soirée, vous en ferez partie, que vous le vouliez ou non. Vos mollets vous enverront une lettre recommandée le samedi matin.

Samedi 17 octobre : la soirée qui monte, qui monte, et qui finit en autruche

Le samedi démarre local et termine en orage.

Cancre ouvre la marche. Trio de Morlaix : Robin et Mathias Millasseau, Florian Pardigon. Leur premier album, Tout s’efface, mettait en musique de la poésie de la Première Guerre mondiale sur des riffs lourds. Vous avez des groupes qui écrivent sur leur ex. Cancre, eux, ont ouvert un manuel d’histoire. Le nouveau, Le Plongeon, ajoute des synthés, des batteries colorées, un peu de hip-hop, et la production de Nicolas Quéré, qui a travaillé avec Feu! Chatterton, Arctic Monkeys et Nick Cave. Pour un groupe qui s’appelle Cancre, ça ressemble beaucoup à un premier de la classe déguisé.

The Spitfires traversent la Manche depuis Watford. Mods jusqu’au bout du col de chemise, nourris à The Jam, The Clash et Madness. Le groupe s’était séparé en 2022 après un dernier concert à Londres. Billy Sullivan, le compositeur, a visiblement trouvé la retraite ennuyeuse : retour en 2025 avec un nouveau line-up et un album, MKII. Le titre de leur single de retour, « Better the Devil You Know », résume bien la situation. On connaît le diable. On l’aime. On le laisse rentrer.

Zoufris Maracas apportent le soleil, la guitare manouche et les textes qui piquent. Quatre albums, plus de 700 concerts, et des comparaisons régulières avec la Mano Negra et les Négresses Vertes. C’est le moment du festival où le metalleux en cuir se surprend à onduler du bassin. Personne ne filme. Personne ne juge. Ce qui se passe à Robien reste à Robien.

Roadrunners, c’est la leçon d’histoire en direct. Groupe du Havre actif de 1982 à 1996, plus de 1 000 concerts au compteur, et une recette résumée par le festival : mélodies à la Beatles, énergie de The Jam, classe façon Dogs. Une légende du rock français de l’époque où on photocopiait les fanzines en douce au bureau de papa. Voir ces gars-là sur scène en 2026, c’est un peu comme tomber sur un dinosaure dans le jardin. Un dinosaure qui joue plus vite que vous.

Tagada Jones, maintenant, et c’est là que l’histoire boucle. Les Rennais faisaient partie de l’affiche de la résurrection de Carnavalorock en 2017. Ils reviennent en 2026 avec un douzième album, À Fleur de Peau, qui sort le 2 octobre, soit deux semaines avant le festival. Vous aurez donc quinze jours pour apprendre les paroles de « Les Flammes de la Fête », que le groupe décrit comme une « allégorie festive de la révolution ». Un mois plus tard, le 20 novembre, ils joueront à l’Olympia. Robien d’abord, Paris ensuite. L’ordre naturel des choses. Niko et sa bande gardent la même recette depuis plus de trente ans : punk, metal, hardcore, et des textes qui parlent de guerre, de religion, de violence et d’environnement. Pas vraiment de la chanson pour mariages. Quoique, ça dépend des mariages.

Psykup ferme le festival. Les Toulousains ont fêté leurs trente ans en 2025 avec un sixième album, The Joke of Tomorrow. Leur style, ils l’appellent eux-mêmes l’autruche-core. Personne n’a jamais su expliquer pourquoi, et c’est très bien comme ça. Imaginez Primus, Pantera et Alice in Chains enfermés dans un ascenseur en panne : ça groove, ça cogne, ça part dans tous les sens, et à la fin quelqu’un chante une mélodie que vous fredonnerez sur le parking (le parking de repli, à 500 mètres, souvenez-vous).

Le mot de la fin, version comptoir à 2 h du mat’

Trente-six ans après le premier concert, Carnavalorock revient dans la salle où il est né. Il a connu la gloire, la mort, la résurrection, et il a gardé son nom de fête foraine pour punks. Peu de festivals peuvent en dire autant. Peu de festivals ont été fondés par des gens qui assument de vouloir vous déboucher les tympans.

Alors laissez la canette à la maison. Prenez des bouchons d’oreilles, même si vous n’allez pas les mettre. Garez-vous à 500 mètres. Mangez une galette-saucisse entre Keziah Jones et Cachemire, parce que l’enchaînement blufunk nigérian, rock nantais abrasif, c’est exactement le genre de choses qui mérite d’être digéré.

Et le samedi soir, quand Psykup lâchera sa dernière note, vous vous retrouverez sur le trottoir, les oreilles qui sifflent, la veste nouée autour de la taille. La sortie est définitive. Le souvenir aussi.

Essaye notre I.A