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Des artistes, du partage et des étoiles plein les yeux : revivez l’ambiance du Festival La Corde Raide 2026, qui a fait vibrer Pontchâteau du 30 avril au 3 mai 2026.

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Introduction laurent :

Il existe des festivals où l’on vient voir des groupes. Et puis il existe La Corde Raide, ce drôle d’endroit où tu arrives tranquillement avec ton petit bracelet poignet, ton planning soigneusement préparé, ta dignité encore intacte… et où tu repars 72 heures plus tard couvert de poussière, émotionnellement ouvert comme une boîte de raviolis au tournevis, avec des inconnus dans tes contacts, des refrains plein le cerveau et probablement une bière artisanale locale qui circule encore dans ton système sanguin.

Parce qu’il faut être honnête deux minutes. Ce festival est devenu totalement incontrôlable. Dans le meilleur sens du terme. Pontchâteau pendant quelques jours, ce n’est plus une ville. C’est une dimension parallèle administrée par des bénévoles survitaminés, des techniciens sous caféine, des artistes possédés et un public qui a collectivement décidé que le mot “fatigue” était une invention du gouvernement.

Cette année, La Corde Raide a encore franchi un cap. Plus grand. Plus beau. Plus fou. Et pourtant toujours aussi humain. Le genre de miracle organisationnel qui normalement nécessite soit une armée de druides bretons, soit un pacte mystique signé dans une cave avec une guitare Gibson et une pinte de IPA.

Et alors cette ambiance… Mon dieu cette ambiance. Tu pouvais voir un metalleux barbu de deux mètres cinquante avec un patch Slayer discuter quinoa bio et bière locale avec une prof de yoga pendant qu’au loin un type en kilt courait dans tous les sens avec une cornemuse comme si sa famille était retenue en otage par des lutins celtiques. À un moment du festival, plus personne ne savait vraiment ce qu’il faisait là. Et c’est précisément ça qui était magnifique.

Les scènes vibraient de partout. Ça jouait du rock, du punk, de la pop, du folk, du metal, des trucs impossibles à classer autrement que dans la catégorie “oui bon ça tabasse mais ça fait du bien”. On passait d’un pogo sauvage à un moment suspendu les yeux humides sans transition logique. Comme une thérapie collective géante mais avec plus de cordes et moins de psychanalyse.

Et au milieu de ce joyeux chaos organisé, il y avait cette tendresse permanente. Ce truc rare. Les bénévoles qui sourient encore à une heure du matin. Les artistes qui traînent avec le public. Les gens qui se parlent sans se connaître. Les regards qui disent “toi aussi tu viens de prendre une énorme claque musicale hein ?”. Aujourd’hui beaucoup de festivals vendent une expérience. La Corde Raide, elle, te donne surtout l’impression d’avoir trouvé une étrange famille de pirates musicaux légèrement dysfonctionnels mais profondément sincères.

Coralie a vécu tout ça de l’intérieur. Elle a couru entre les scènes, pris des claques émotionnelles, observé des concerts complètement lunaires, assisté à des moments de grâce et probablement perdu quelques morceaux d’oreille au passage. Moi, je l’accompagnais derrière avec mon appareil photo… et surtout avec mon antique appareil jetable des années 80, celui qui sent presque encore le tabac froid et les vacances ratées à Palavas, en essayant d’immortaliser ce joyeux chaos. Je traînais entre les scènes comme un reporter de guerre émotionnelle sous cidres artisanale, tentant de capturer l’instant exact où un festival cesse d’être un événement pour devenir un souvenir qui colle au cœur.

Bref. Voici maintenant son live report. Accrochez-vous à quelque chose. Ou à quelqu’un. La corde est toujours raide… mais cette année, le vide en dessous avait des guirlandes lumineuses, des amplis qui faisaient trembler les organes internes, des violons possédés, des gens qui dansaient sans raison valable et cette étrange sensation que le monde réel avait temporairement rendu les clés.

Live report par Coralie :

Pendant quatre jours, Pontchâteau s’est transformée en petite république indépendante du riff, du pogo bienveillant et de la bière artisanale toujours fraîche, même à 2h du matin. Cette édition 2026 avait un parfum particulier : celui des grands débuts en extérieur. Une première version « semi plein-air » tout à fait concluante ! Enfin un festival où tu pouvais prendre un coup de soleil en écoutant du punk celtique puis finir en sueur dans une salle obscure cinq minutes plus tard. Le grand écart parfait. Pour Madbreizh, j’étais accompagnée de Laurent, saint patron et photographe émérite, chasseur officiel de contre-jours héroïques, de lumières vertes et d’expressions de guitaristes en transe.

L’édition 2026 marque donc un tournant. 4 scènes, dont une en salle, des espaces extérieurs entièrement repensés, une circulation fluide entre les concerts, des cordes dans les arbres, des illuminations féériques à la tombée de la nuit et surtout cette impression très rare : celle d’un festival qui grandit sans perdre son âme. Le Carré d’Argent restait le cœur battant indoor du festival : acoustique propre, lumières soignées, ambiance presque « salle de concert premium ». Dehors, le Dôme des Cordes envoyait les grosses déflagrations rock avec une générosité sonore quasi obscène, pendant que la Taverne des Ombrières ressemblait à une fête mi-médiévale, mi-punk, mi-celtique. Plus loin, la Boule d’Or et la scène Mine d’Or accueillaient les concerts gratuits du dimanche dans une ambiance de lendemain de bataille joyeux. Ce qui frappe, c’est cette circulation permanente entre les univers. On pouvait passer de la poésie cabossée à une avalanche de décibels sans jamais avoir l’impression d’un grand écart artificiel. Tout tenait grâce à ce fil rouge : les cordes, les vraies, celles qui vibrent, grincent, claquent et parfois fouettent carrément le visage.

 Le jeudi, Cali a débarqué avec son énergie vivante et communicative. Sur scène, il occupe l’espace avec une vraie intensité, en cherchant en permanence le contact avec le public. Il ne reste jamais figé, il bouge, interpelle, crée des moments d’échanges directs, presque immédiats, où le concert devient une sorte de dialogue. Un concentré de générosité. Ses musiciens jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Ils ne sont pas en retrait, mais pleinement impliqués dans la construction de cette énergie collective. Ensemble, ils installent une tension, des montées, des respirations, qui donnent au set une vraie cohérence et une sensation de mouvement constant ; un moment très incarné, où l’énergie circule entre ce grand monsieur, ses musiciens et le public et où chacun participe à la même impulsion.

Derrière lui, Les Hurlements d’Léo ont transformé le site en fanfare de barricade poétique. Une espèce de cabaret punk festif où l’on danse autant qu’on serre les poings. Puis est arrivé Lofofora. Et là, plus personne ne faisait semblant. Le groupe a livré ce qu’il sait faire depuis des décennies : un mur de rage extrêmement organisé et engagé avec beaucoup de talent et de classe. Une machine de guerre sociale où chaque riff semble conçu pour réveiller les vertèbres et les neurones des spectateurs. Red Cardell a ramené cette chaleur bretonne impossible à reproduire ailleurs. Une musique qui sent la pluie salée, les ports, les fest-noz sous distorsion. Pendant que Monty Picon transformait le festival en carnaval punk totalement incontrôlable. À un moment, j’ai vu un type danser avec un tabouret pliant sur la tête. Et honnêtement, ça semblait tout à fait cohérent.

 Le vendredi montait encore d’un cran. Sanseverino a offert une démonstration d’une grande qualité et d’une grande générosité. Celle d’un musicien tellement à l’aise qu’il donne l’impression d’improviser la vie entière. Swing, humour, virtuosité, autodérision…le type joue de la guitare comme d’autres respirent. Derrière, Tagada Jones a retourné le site avec sa précision et son énergie habituelles. Le public connaissait chaque parole. On entendait les « la la, la la la la, la la la la la la la la ! » scandés jusqu’à l’entrée du festival…

L’énorme claque est aussi venue de The Last Internationale. Une présence scénique hallucinante, une chanteuse possédée par le rock’n’roll lui-même, et cette capacité rare à faire sonner le classic rock comme quelque chose de totalement actuel. Probablement l’un des concerts les plus explosifs du week-end.

Parpaing Papier, eux, ont confirmé qu’ils étaient définitivement inclassables. Entre théâtre absurde, noise, punk, performance et crise existentielle collective, leur set ressemblait à une pièce de Beckett mise en scène dans une casse automobile. Fascinant. Épuisant. Génial.

Dans un autre registre, comment ne pas parler des One Rusty Band ! Ce duo fait partie de ces groupes qui laissent une vraie trace en live parce que leur énergie est à la fois brute et très incarnée. Ils transforment chaque morceau en performance physique. Sur scène, ils fonctionnent avec très peu d’éléments mais énormément d’intensité. Ce qui marque surtout, ce sont les guitares DIY de Greg et les sauts chaloupés de Léa aux claquettes, ce côté un peu “hors cadre” et la transe rythmique, à la fois brute et burlesque.

Et que dire d’Opium du Peuple ? Déjà, jouer deux fois dans la même soirée au Carré d’Argent, il fallait oser. Mais transformer ces deux passages en gigantesque messe punk absurde et euphorique… là, on entre dans une autre dimension. Une dimension où Michel Sardou peut potentiellement finir en circle pit et où des centaines de personnes chantent des reprises improbables avec une conviction quasi religieuse. Opium du Peuple, ce n’est pas juste un concert, c’est une prise d’otage festive !! Tout le monde chantait. Fort. Faux parfois. Entre les refrains détournés, les vannes balancées entre deux morceaux et cette capacité unique à transformer des classiques populaires en hymnes punk totalement dégénérés, le groupe a créé un chaos parfaitement joyeux. Sur scène, ça partait dans tous les sens, costumes, interventions improbables, énergie incontrôlable, mais sans jamais perdre ce lien immédiat avec le public. Le genre de concert où l’on ressort avec la voix détruite, les joues douloureuses d’avoir trop souri et l’impression d’avoir participé à quelque chose d’un peu absurde, donc forcément essentiel.

Mention spéciale pour mon coup de cœur, humain et scénique de cette journée… The Rumpled. Les Italiens ont débarqué sur la grande scène comme si quelqu’un avait mélangé un pub irlandais, une fanfare pirate et une centrale électrique branchée sur 20 000 volts. Dès les premières minutes, c’était terminé : impossible de résister. Leur folk punk ultra vitaminé a transformé le site entier en gigantesque fête de village sous amphétamines celtiques. Ça sautait partout. Devant. Derrière. Sur les côtés. Probablement même dans la file des toilettes. Ce qui impressionne surtout chez ce groupe, au-delà de l’énergie débordante qu’ils nous livrent, c’est cette générosité permanente. Pas une seconde de retenue. Chaque morceau était envoyé comme un final de Coupe du Monde. Les musiciens couraient, haranguaient le public, levaient les bras, relançaient les chœurs… Sur la grande scène, leur musique prenait une ampleur énorme. Les violons claquaient, les refrains fédéraient instantanément tout le monde, les rythmiques cognaient avec cette efficacité redoutable propre aux groupes qui ont passé des années à retourner des festivals partout en Europe. Aucun temps mort. Aucun ventre mou. Juste une déferlante de bonne humeur explosive. Leur passage restera clairement comme l’un des grands moments de communion collective de cette édition 2026. Le genre de concert où tu arrives en simple spectateur et où tu repars avec l’envie absurde d’acheter un banjo, de traverser les Alpes à pied et de vivre dans un tonneau de Guinness.

 Le samedi, Orange Blossom a suspendu le temps. Littéralement. Leur musique semblait flotter au-dessus du réel, quelque part entre transe orientale, électro organique et voyage mystique. Le public regardait la scène, l’air hargard, comme des gens qui venaient d’apercevoir un mirage dans le désert. Ce fut un de ces concerts qui dépassent très vite le simple cadre du live pour devenir une véritable expérience sensorielle. Une parenthèse suspendue, presque irréelle, où le festival entier semblait respirer au même rythme que la scène.

Ce qui a rendu ce moment encore plus marquant, c’est qu’une heure avant le concert, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre-Jean Chabot en loge. Et le décalage était fascinant. Avant même de le voir entrer sur scène et littéralement électriser le public avec son violon habité, il y avait déjà cette énergie incroyable chez lui : un mélange de passion brute, de curiosité permanente et de générosité humaine rare. Le genre de rencontre qui te met immédiatement à l’aise. Pas de distance artificielle. Pas de posture de « musicien inaccessible ». Juste quelqu’un qui parle musique avec des étoiles dans les yeux, capable d’enchaîner réflexions passionnantes voire métaphysiques, anecdotes de tournée et éclats de rire dans la même conversation. Et puis le concert a commencé. Là, transformation totale. Le violoniste adorable et accessible rencontré une heure plus tôt semblait devenir une espèce de guide mystique emporté dans la tempête sonore et envoutante de Maria Hassan. Son jeu traversait littéralement le public. Tantôt aérien, tantôt furieux, toujours viscéral. À plusieurs reprises, la foule restait presque immobile, hypnotisée par l’intensité du moment. Le concert avançait comme une transe élégante et puissante. Chez Orange Blossom, tout paraît profondément sincère. Habité. Nécessaire.

Au Carré d’Argent et dans un autre registre, Klone a probablement livré le concert le plus techniquement impressionnant du festival et autrement aussi planant. Une maîtrise sonore chirurgicale mais jamais froide. Leur post-metal progressif agit comme une montée émotionnelle lente et irrésistible. 

Au même moment, jouaient les Celt&Piper. Le groupe a déboulé avec cette énergie brute qui donne immédiatement l’impression que le concert peut dégénérer en fête païenne incontrôlable à n’importe quel moment. Guitares nerveuses, rythmiques qui galopent, cornemuses envoyées pleine puissance. Impossible de rester spectateur passif devant un tel rouleau compresseur festif. Mais LE moment de bascule absolue, celui où la foule a définitivement perdu toute dignité pour entrer en transe collective, c’est leur reprise de The Tempest des The Real McKenzies. Une claque. D’un coup, tout le monde sautait, chantait, levait les bras comme dans une gigantesque taverne punk écossaise sortie d’un délire alcoolisé parfaitement assumé. La fosse entière semblait avancer par vagues sous les assauts des cornemuses et des refrains repris à pleins poumons.

 La soirée s’est poursuivie avec Cachemire. Leur passage à La Corde Raide ressemblait davantage à une énorme montée émotionnelle collective qu’à un set rock classique. Un concert à la fois ultra visuel, frontal, drôle, engagé et parfois carrément bouleversant. Dès l’entrée en scène, tout était pensé pour happer le public : lumières millimétrées, projections, tension permanente, présence scénique immense. Mais jamais dans la démonstration gratuite. Chez Cachemire, le spectacle sert toujours les morceaux. Et les morceaux, eux, frappent droit au ventre. Le groupe possède ce mélange rare de rage et de tendresse. Une capacité à balancer des hymnes rock énormes avant de glisser, presque sans prévenir, vers quelque chose de beaucoup plus intime. On passe du pogo au frisson émotionnel en quelques secondes sans jamais sentir de rupture artificielle.

Très vite, le concert s’est transformé en gigantesque chorale en reprenant « La nuit, je mens ». Ce n’était plus simplement un public qui chante, c’était un vrai dialogue entre la scène et la foule. Le genre de moment où l’on sent physiquement qu’un festival entier est connecté sur la même fréquence. Ça vibrait partout. Ce fut un concert spectaculaire, humain, profondément vivant, où l’énergie rock et l’émotion collective ont fini par ne faire plus qu’un.

Enfin, last by not least, Celkilt, la véritable machine de guerre festive lancée à pleine vitesse sur le festival. Et au milieu de ce joyeux chaos : le sonneur Iain Macwind, toujours aussi totalement déchaîné. Il court, saute, grimpe, harangue la foule, traverse la scène avec sa cornemuse comme un chef de guerre celtique sous caféine industrielle tout en continuant à jouer avec une précision hallucinante. Le concert entier avançait comme une énorme vague euphorique. Les refrains fédérateurs, les rythmiques ultra efficaces, les accélérations permanentes. Impossible de résister. Celkilt possède ce talent rare de transformer instantanément une foule entière en bande de vieux copains de pub, même quand les gens ne se connaissent absolument pas. Le plus beau, finalement, c’est cette joie communicative permanente. Pas de posture. Pas de distance. Juste un groupe venu retourner le festival avec une générosité monstrueuse et une énergie qui semblait totalement inépuisable. Le genre de set qui te laisse rincé, trempé, la voix détruite et l’envie de faire des « Wall Of love » à ton boulot le lundi matin.

 S’il faut conclure, je dirai que ce qui frappe surtout avec La Corde Raide, c’est cette sensation de proximité permanente. Bien qu’on assiste à la montée en puissance du festival, que les scènes se soient multipliées et que l’ambition soit grandissante, on reste dans quelque chose d’humain. Pas de gigantisme absurde, ni d’impression d’être un QR code ambulant dans une machine à cash géante. Ici, les bénévoles sourient encore à 1h du matin, les artistes traînent parfois au merch, les festivaliers discutent entre deux concerts comme s’ils se connaissaient depuis quinze ans. Dans le paysage actuel des festivals, ça devient presque un acte de résistance culturelle. Entre les mastodontes aseptisés et les programmations copiées-collées, La Corde Raide réussit encore ce miracle de donner l’impression qu’on vit quelque chose d’unique. Bref, Pontchâteau a vibré, transpiré, chanté, pogoté et probablement perdu quelques tympans ce week-end-là. Et nous, chez Madbreizh, on est repartis heureux, rincés, couverts de poussière, avec des cartes SD pleines à craquer et cette seule certitude : il y a des festivals qu’on couvre… et d’autres qu’on vit vraiment. La Corde Raide fait clairement partie de la deuxième catégorie.

 

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