🎧 Version Audio
Il existe des gens raisonnables qui dorment la nuit. Et il existe Maxime.
Maxime est le genre d’humain qui s’est un jour dit qu’il serait plus simple de créer un festival que de trouver le bouton pause dans son cerveau. Comme ça. Sans mode d’emploi. Sans garantie. Juste avec une conviction un peu folle et quelques cordes bien tendues.
La Corde Raide est née de cette énergie-là. Pas dans une tour de verre avec des consultants en costume gris souris, mais au cœur d’une ville, avec l’envie têtue de faire venir la musique là où elle ne passe pas toujours. Au fil des années, le projet a muté. D’une soirée, c’est devenu plusieurs jours. D’une intuition, c’est devenu un rendez-vous. Et d’un pari, c’est devenu un endroit où des milliers de personnes viennent volontairement perdre leurs repères sonores.
Mais derrière les scènes, les lumières et les bières artisanales brassées à 35 km, il y a surtout un funambule. Un patron, oui. Mais un patron qui parle encore de ses artistes avec des yeux de fan et de ses balances son avec l’inquiétude d’un parent le jour de la rentrée.
Dans cette entrevue avec Maxime, le patron de La Corde Raide, on parle de ce moment étrange où un festival grandit sans vouloir devenir gigantesque. De ce fragile équilibre entre survivre et rêver. Et de cette vérité qu’on découvre souvent trop tard. Les festivals ne sont pas seulement des événements. Ce sont des organismes vivants. Et parfois, ils finissent même par dépasser ceux qui les ont créés.
Bienvenue sur le fil. Là où tout peut vibrer.

Madbreizh
Bonjour Maxime alors Le festival la corde raide arrive à sa huitième édition. À quel moment tu as compris que ce projet un peu fou était devenu un vrai rendez-vous incontournable ?
Maxime
Je pense qu’il y a clairement eu un avant et un après Covid. On en parlait justement avec des étudiants la semaine dernière. Cela s’est surtout ressenti dans la structuration.
Finalement, le Covid nous a fait du bien. On n’a eu qu’une seule année blanche, pas deux. On a eu cette chance parce qu’on existait déjà en début d’année 2020. Cela faisait donc 2018, 2019 et 2020, nos trois premières années, pendant lesquelles on a construit le projet et on est passés d’une simple soirée à huit jours d’événement.
Cette pause nous a permis de nous restructurer. On avait cette envie de faire un vrai festival. Et quand on est revenus en 2021, il y a eu un vrai cap. Les soirées ont commencé à être plus remplies, l’organisation s’est améliorée, et depuis ce moment-là, ça n’a fait que grandir.
Depuis deux éditions, c’est devenu un rendez-vous que les gens inscrivent dans leur calendrier.
En termes de fréquentation, la progression a été nette. Il y a trois ans, on était sur un seul site, puis deux il y a deux ans, puis trois l’an dernier. Et aujourd’hui, on est passés à environ 90 % de remplissage, un chiffre qu’on atteint désormais, alors qu’il y a encore trois ou quatre ans, on en était loin.
La trajectoire typique des festivals ressemble souvent à ça. Une phase artisanale où tout tient avec du scotch et de la passion, puis un point de rupture, parfois déclenché par une crise, qui force à se réinventer. L’histoire de la musique est pleine de ces paradoxes où un arrêt brutal devient le carburant de la suite.
C’est vraiment à ce moment-là que le festival a pris une autre dimension. On a commencé à réaliser qu’il y avait un nombre important de personnes qui venaient au festival, et pas uniquement pour la programmation.
Et c’est surtout en 2022 que cette prise de conscience s’est faite. On a commencé à se poser des questions et à se dire que ça y est, le rendez-vous était installé, que les gens l’avaient adopté et l’avaient inscrit dans leurs habitudes.
Phénomène fascinant d’ailleurs. Un festival finit toujours par dépasser sa propre affiche. À un moment, ce n’est plus seulement les groupes qui attirent, c’est le rituel lui-même. Comme un pèlerinage sonore où l’on vient autant pour l’ambiance, les visages familiers et cette sensation étrange d’être exactement à sa place au milieu du bruit.
MadBreizh
Maintenant J’ai deux questions en une. D’où vient l’idée de la création de ce festival ? Et puis, la corde raide, c’est quoi ? Au fond, un festival, une famille ou une douce folie ?
Maxime
La création remonte à 2014. À l’époque, on a monté un festival qui a fonctionné dès la première année, à Ponchâteau. On s’est rendu compte qu’il se passait quelque chose de vraiment intéressant. Aujourd’hui, c’est devenu un événement conséquent, qui rassemble chaque année environ 10 000 personnes, avec 6 scènes.
Très vite, on s’est dit que le festival devait avoir une identité forte, une identité propre à Ponchâteau. L’idée était aussi de faire venir des artistes qui ne passent habituellement pas dans les territoires ruraux comme le nôtre. Il existe bien un théâtre municipal, le Carré d’Art, avec une programmation culturelle variée, mais qui reste une programmation de ville, généraliste. Nous, on voulait quelque chose auquel les gens puissent s’identifier plus directement.
Comme je suis guitariste, et que plusieurs membres de l’équipe le sont aussi, on s’est naturellement posé la question de la guitare. Puis on a élargi cette idée à la corde en général. C’est comme ça qu’est né le concept du festival, autour des instruments à cordes.
Depuis, on n’a fait que développer cette direction artistique. Tout s’articule autour de ça, que ce soit la guitare, le violoncelle, la harpe ou d’autres instruments. Cela nous permet aussi de ne pas nous enfermer dans un seul style. On ne voulait pas être un festival de rock parmi d’autres. L’idée, c’est que les musiciens viennent avec leurs cordes, qu’ils les jouent et qu’ils les mettent en valeur, peu importe le style.
Avec le temps, une identité propre s’est affirmée, portée par nos affinités culturelles, plutôt orientées rock, folk ou blues. Et progressivement, un public s’est construit autour de cette ligne artistique.
Ce travail autour de l’instrument lui-même nous a aussi amenés à approfondir notre réflexion, notamment sur la lutherie, dont on a fait évoluer le statut l’an dernier. Depuis deux ans, on retravaille en profondeur la direction artistique pour qu’elle soit encore plus ancrée et cohérente.
Il y a quelque chose de presque philosophique dans ce choix. La corde est l’un des plus vieux outils musicaux de l’humanité. Un simple fil tendu entre deux points, et soudain le silence se met à vibrer. Toute la musique moderne, du blues du Mississippi au metal le plus furieux que tu chroniques sur MadBreizh, descend de ce geste primitif. Une corde tendue, un humain curieux, et le monde ne sonne plus pareil.
MadBreizh
Ta réponse rejoint justement une question que je me posais. La programmation traverse des univers très différents, du rock au metal, en passant par le folk et le blues. Quel est, selon toi, le fil invisible qui relie tous ces artistes dans la programmation, la logique qui les rassemble dans ta vision ?
Maxime
Oui, c’est vraiment ça, le fil invisible.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on n’a pas d’électro, ni certains styles pourtant très présents sur la scène actuelle. Nous, ce qui compte, c’est la présence des musiciens sur scène, le rapport à l’instrument. On reste ouverts, bien sûr, et ça pourrait évoluer, notamment s’il y a un véritable instrument derrière le projet.
On avait par exemple envisagé de programmer cette année un duo belge qui fait de l’électro techno, avec une démarche artistique particulière. Mais on s’est rendu compte que ce n’était pas forcément en cohérence avec ce qu’on défend.
Ce qui est important pour nous, c’est le corps, l’engagement physique dans la musique, le fait de jouer réellement. Ensuite, on veille aussi à ce que le style s’intègre dans une cohérence globale de programmation.
Et au final, la guitare et les cordes en général restent ce fil conducteur. C’est ce qui nous permet de garder cette ligne, cette cohérence, et de rester fidèles à notre identité.
MadBreizh
Quand tu construis une affiche avec des artistes comme Cali, Lofofora, Tagada jones ou Cachemire, est ce que tu fais ta programmation avant tout avec le cœur, à l’instinct, ou avec la tête, de manière plus réfléchie ?
Maxime
Au début, je pense que ça part surtout du cœur. Ensuite, le cerveau prend le relais, et finalement, on termine beaucoup à l’instinct.
On commence par établir une liste, avec le comité de programmation, des artistes qu’on aime et qu’on pense correspondre au festival. Puis là, on se prend la tête pendant cinq mois sur des tableaux, à essayer de construire quelque chose de cohérent.
Il faut aussi trouver un équilibre économique. Mais au-delà de ça, ce qui compte énormément pour nous, c’est le live. On se pose toujours la question de savoir si le concert va être bon, s’il va nous faire vibrer, s’il va transmettre de l’émotion. Par exemple, un concert où l’artiste enchaîne simplement ses morceaux sans interaction, sans vie, ce n’est pas ce qu’on recherche.
Il y a aussi la question de l’image de l’artiste. On y prête attention, on regarde s’il y a des rumeurs, des antécédents, et on essaie de vérifier ce qui est vrai ou non. C’est important pour nous de rester en accord avec nos valeurs.
Ensuite, il y a des considérations plus concrètes, comme le cachet, la place dans la programmation, ou le fait que ce soit un artiste émergent. Et une fois que tout cela est posé, l’instinct revient. On sent si c’est le bon moment, si l’artiste est dans une bonne dynamique, si ça fait sens.
Au final, c’est vraiment un mélange entre le cœur, le cerveau et l’instinct, chacun prenant sa place à un moment du processus.
MadBreizh
En 2026, vous passez à une nouvelle dimension avec 31 artistes et 4 scènes. Concrètement, qu’est-ce que cela change, à la fois pour le public et pour toi en tant qu’organisateur ?
Maxime
Jusqu’à présent, on était principalement en salle, avec tout le confort que cela implique sur le plan technique. Le passage en plein air marque un vrai tournant. Cela entraîne une hausse importante des coûts, notamment pour l’installation des scènes extérieures, la technique, les infrastructures et bien sûr toute la partie sécurité, qui devient beaucoup plus exigeante.
On développe donc plusieurs scènes en extérieur, certaines en semi plein air, ce qui transforme complètement l’expérience du festival, mais aussi toute son organisation. Cela a un impact direct sur le budget, qu’on a entièrement repensé, en faisant le pari que la fréquentation suivra.
C’est un projet sur lequel on travaille depuis deux ans. On avait envisagé de le faire plus tôt, mais on n’était pas prêts. On a préféré attendre d’avoir les épaules pour assumer cette évolution.
Cela change aussi notre fonctionnement. À la base, on était uniquement bénévoles. Aujourd’hui, on s’est entourés de quelques prestataires, notamment un directeur technique, parce que ce sont des compétences très spécifiques et indispensables à ce niveau de développement.
Ce changement de dimension nous permet aussi d’accueillir des artistes qu’on ne pouvait pas programmer avant, que ce soit pour des raisons techniques, financières ou de capacité d’accueil. Certains projets nécessitent des conditions particulières qu’on ne pouvait tout simplement pas offrir auparavant.
C’est donc une évolution majeure. Plus qu’un simple agrandissement, c’est un véritable changement d’échelle, qui demande plus de moyens, plus d’organisation, mais qui permet aussi d’aller au bout de nos ambitions artistiques et de proposer quelque chose de beaucoup plus vaste.
MadBreizh
Le festival a toujours accordé une place importante à la découverte et aux talents émergents, notamment à travers le tremplin. Est-ce que c’est essentiel pour toi de conserver ce rôle de défricheur, et pas uniquement celui de programmateur ?
Maxime
Oui, complètement. Le tremplin, c’est quelque chose que je mets en place depuis cinq ans, et c’est même à l’origine du projet. À l’époque, le festival n’existait pas encore. C’était une manière de découvrir de nouveaux artistes, parce qu’aujourd’hui il y a énormément de musique, et beaucoup passent inaperçus.
Le tremplin nous permet notamment de répondre aux nombreux artistes qui nous contactent. Même s’ils ne peuvent pas forcément être programmés directement sur le festival, ils ont au moins une chance de passer par ce dispositif. Ensuite, c’est aussi à eux de saisir cette opportunité.
On essaie vraiment de les accompagner. Les lauréats bénéficient de conditions professionnelles, avec des studios de répétition, des studios d’enregistrement, et ils reviennent ensuite jouer au festival dans les mêmes conditions que les autres artistes. On les considère pleinement comme des artistes à part entière. L’idée, c’est de leur offrir un véritable parcours.
On a aussi développé une scène gratuite, la scène de la Boucle d’Or, qui met en avant des artistes locaux. C’est très important pour nous. Parfois, on fait venir des groupes de plus loin sur des coups de cœur, mais cette scène est vraiment dédiée aux talents du territoire, des artistes émergents qui commencent à se faire remarquer et qui ont des choses à proposer.
Même s’ils ne sont pas encore prêts pour la grande scène, cela leur permet de rencontrer le public, et au public de les découvrir. C’est essentiel pour nous de garder ce lien, de continuer à soutenir la scène émergente et de rester dans cette logique de découverte, en parallèle de la programmation principale.
MadBreizh
Comment est-ce que tu trouves l’équilibre entre les têtes d’affiche, qui attirent naturellement le public, et les artistes moins connus, qui peuvent créer la surprise et devenir de vraies découvertes ?
Maxime
On travaille sur la programmation pendant environ six mois, et c’est vrai qu’il y a des enjeux très forts autour des têtes d’affiche. C’est notamment là qu’on cherche à trouver notre équilibre financier, parce que ce sont elles qui permettent d’attirer le public.
À côté de ça, on essaie aussi de mettre en avant des artistes émergents, ceux qui commencent à se faire remarquer et à trouver leur public. Cette année, on a pris des risques sur certains choix, mais ce qui nous guide, ce n’est pas seulement la notoriété. Ce qui compte, c’est que chaque artiste ait une actualité, quelque chose à défendre, comme un nouvel album, une tournée ou une dynamique particulière.
On essaie de ne pas programmer un artiste uniquement parce que c’est une valeur sûre installée depuis vingt ans et qu’il remplit automatiquement. Ce n’est pas ça qui nous intéresse en priorité. Bien sûr, certains noms sont connus et passent dans plusieurs festivals, mais on veille à ce qu’ils aient une vraie légitimité à être là, à ce moment précis.
Au final, on construit l’affiche autour de plusieurs piliers. Il y a les têtes d’affiche, qui jouent leur rôle d’attraction. Et autour, on vient ajouter des artistes qui apportent autre chose, de la découverte, de la diversité, de la surprise. L’objectif, c’est de créer un ensemble cohérent et intéressant, où les artistes connus et les moins connus coexistent et se renforcent mutuellement.
MadBreizh
Avec l’augmentation de la jauge et le développement du festival, comment est-ce que tu fais pour préserver l’âme et la proximité qui existaient au début ?
Maxime
C’est une question importante, parce que depuis le début, on a construit un festival de proximité. Un festival assez familial, convivial, où les gens se sentent bien, loin de l’anonymat qu’on peut parfois ressentir dans les très grands événements.
Même en grandissant, on veut rester sur un festival à taille humaine. Pour nous, ce n’est pas seulement une question de chiffres, cinq mille, dix mille ou quinze mille personnes, c’est surtout une question d’espaces et de circulation. On travaille beaucoup sur le parcours du public. Quand les gens arrivent, on veut qu’ils comprennent facilement où ils sont, qu’ils puissent se déplacer naturellement, découvrir différents univers.
On crée des lieux avec une identité propre. Par exemple, des bars à thème, des espaces de restauration variés, des zones plus calmes. On a aussi aménagé des espaces de détente, des coins pour se poser, notamment près de la rivière, ou d’autres zones plus intimistes.
On a fait le choix de conserver certaines salles comme le Carré d’Argent, qui permet une expérience plus proche, plus attentive. À côté, la grande scène accueille les têtes d’affiche dans un cadre plus ouvert, et d’autres scènes proposent des formats différents, parfois plus confidentiels.
L’idée, c’est que chacun puisse vivre le festival à sa manière. Certains vont rester devant la grande scène, d’autres vont préférer des espaces plus calmes ou plus spécialisés. On veut garder cette diversité d’expériences tout en conservant une unité.
On ne cherche pas à devenir un festival gigantesque où les gens se perdent. On veut que les festivaliers puissent se retrouver, se croiser, garder ce sentiment de proximité. C’est ça qui fait l’âme du projet, et c’est ce qu’on essaie de préserver en priorité.
MadBreizh
Si quelqu’un n’est jamais venu à La Corde Raide, comment tu le convaincrais de venir… en une seule phrase ?
Maxime
Si tu veux découvrir un festival que tu n’as jamais fait, un festival différent, à taille humaine, où tu peux vivre la musique de près et faire de vraies découvertes, alors viens à La Corde Raide.
MadBreizh
Quand tu regardes la scène pendant le festival, est ce que tu es encore l’organisateur… ou est-ce que, à ce moment-là, tu redeviens simplement un fan comme les autres ?
Maxime
Je commence à lâcher un peu prise, mais en réalité, ça dépend des moments. Quand je suis à La Corde Raide, je reste toujours organisateur. J’ai forcément un œil sur tout ce qui se passe autour, sur la façon dont les choses fonctionnent, sur l’ambiance, sur la mécanique globale.
Pendant les concerts, c’est différent selon la raison de ma présence. Il y a des moments où j’y vais vraiment en fan, pour le plaisir, sans travailler. Mais quand j’y vais avec mon regard d’organisateur, je n’arrive souvent qu’au milieu du set. Les premières minutes sont toujours un peu particulières, donc j’arrive après, et là j’observe. Je regarde comment le public réagit, comment le son est, si le concert prend vraiment. Et puis il y a des concerts où je débranche complètement.
Mais c’est vrai qu’avec le temps, c’est de plus en plus difficile de couper totalement le cerveau d’organisateur. Même quand on prend du plaisir, il y a toujours une partie de soi qui observe, qui analyse. Je vais aussi sur beaucoup d’autres festivals, pour voir ce qui se fait ailleurs, pour apprendre, pour comprendre ce qui fonctionne, pas pour copier, mais pour nourrir notre propre projet.
Dans ce métier, il y a vraiment deux regards qui coexistent. Celui de l’organisateur, qui analyse en permanence, et celui du fan, qui ressent. Et parfois les deux se mélangent.
MadBreizh
À quel moment tu te dis que tout ce travail en valait vraiment la peine ?
Maxime
C’est difficile de se dire que tout ce travail en valait la peine tant qu’on n’a pas les résultats concrets entre les mains. Je distingue quand même le résultat de l’objectif. Je me fixe des objectifs, et si on a fait de notre mieux, si on a réussi à mettre en place ce qu’on avait imaginé, alors j’en suis déjà satisfait. À ce moment-là, je me dis que le travail a eu du sens.
Ensuite, il y a la réalité. Est-ce que ça a fonctionné financièrement ? Est-ce que le public était au rendez-vous ? Est-ce que les gens ont vécu quelque chose de fort ? Ça, on ne le sait vraiment qu’après.
Il y a une première forme de satisfaction qui commence dès le début du festival, quand tout est en place. Et puis il y en a une autre, plus concrète, qui arrive à la fin. Cette année, je pense que je ne serai vraiment soulagé qu’à partir du 4 mai, quand on aura les chiffres, la fréquentation, les premiers retours.
Les années précédentes, on était dans un cadre plus confortable. On était en salle, on savait que ça fonctionnait bien, qu’on dépassait les 90% de remplissage. Là, on a pris un vrai risque. C’est un pari. Si le public ne suit pas, l’avenir du festival peut être remis en question.
Mais malgré ça, vu le travail accompli, je n’ai pas de doute sur le fait qu’on a fait les choses comme il fallait. Le reste, on le saura au moment venu.
MadBreizh
On a presque l’impression qu’organiser un festival aujourd’hui, c’est devenu un sport extrême.
Maxime
Quand on regarde certains festivals qui ont parfois 20, 30 ou 40 ans d’existence, et qu’on voit qu’ils peuvent se retrouver en difficulté, ça montre à quel point c’est devenu fragile. Beaucoup de festivals reposent sur des structures associatives, et il suffit que l’organisation flanche à un moment, que de mauvaises décisions soient prises, pour que tout bascule très vite.
J’en discutais encore récemment avec des organisateurs. Ils expliquaient que des erreurs de coordination avaient entraîné une baisse importante de fréquentation, avec des conséquences financières énormes. Aujourd’hui, là où autrefois on construisait un budget avec une hypothèse de 70 % ou 75 % de remplissage, maintenant on est obligés de viser 90 % ou 95 %. Il n’y a plus de marge d’erreur. Le risque est permanent, et il est avant tout financier.
Il y a aussi la question des financements publics, qui sont moins présents qu’avant, ce qui rend les choses encore plus compliquées. Il faut être lucide, aujourd’hui, si on veut faire de l’argent, ce n’est pas en organisant un festival qu’on le fera.
Et pourtant, les festivals restent essentiels dans le paysage culturel. Ils jouent un rôle majeur dans la diffusion de la musique, dans la découverte des artistes. C’est pour ça que, de notre côté, on essaie de construire quelque chose de singulier.
Le modèle classique avec 2 scènes et un bar au milieu d’un champ ne suffit plus. Le public a changé. Les jeunes, notamment, ne viennent plus seulement pour voir des concerts. Ils viennent vivre une expérience globale. La programmation reste fondamentale, bien sûr, mais ils attendent aussi une ambiance, un lieu, un moment particulier.
C’est pour ça qu’on cherche à développer une identité forte, une authenticité. L’objectif, à terme, c’est de devenir un festival pour lequel les gens viennent presque sans regarder la programmation, parce qu’ils savent qu’ils vont vivre quelque chose de spécial. Un peu comme certains festivals emblématiques qui ont réussi à créer ce lien unique avec leur public.
MadBreizh
Dans 10 ans, comment tu imagines La Corde Raide ?
Maxime
C’est une bonne question. Déjà, je ne m’imagine pas avec des scènes devant 20 000 ou 25 000 personnes, avec des écrans géants partout. Ce n’est pas l’objectif. L’idée, c’est vraiment de rester sur un festival à taille humaine.
La particularité de La Corde Raide, c’est d’être en centre-ville. En grandissant, on s’est posé la question de changer de site, d’aller dans un grand parc, dans un château par exemple. Mais on a fait le choix de rester fidèles à l’ADN du projet et de continuer à le développer en centre-ville, même si cela implique beaucoup de contraintes. On en a encore discuté récemment avec la mairie.
Le modèle qui m’inspire, c’est un peu celui de festivals urbains comme Art Rock, qui ont montré que c’était possible. L’idée, ce serait peut-être, à terme, que tout le centre-ville vive au rythme du festival. Que le festival fasse partie intégrante de la ville.
Déjà, en exploitant pleinement certains espaces existants, on pourrait atteindre une jauge de 4 000 à 5 000 personnes. Et si, dans 10 ans, on est à 5 000 ou 6 000 personnes par jour, complet en permanence, ce serait déjà une immense réussite.
Peut-être qu’on pourrait aller jusqu’à 10 000. Pour moi, c’est le seuil maximum d’un festival qui reste à taille humaine. Au-delà, on change de nature. On perd quelque chose.
La vraie ambition, ce n’est pas de devenir le plus grand, mais de devenir un festival stable, pérenne, qui a trouvé sa place, son identité, et qui continue d’exister avec authenticité.
MadBreizh
Et pour finir, si on te croise sur le festival, qu’est-ce qu’on doit t’offrir à boire ?
Maxime :
Une bière, sans hésiter. J’adore la bière. Mais justement, ce n’est pas n’importe laquelle. On fait très attention à ce qu’on propose sur le festival, que ce soit pour la restauration ou les boissons. On travaille énormément en circuit court. C’est compliqué, c’est même parfois un vrai casse-tête, parce qu’on veut collaborer avec des producteurs locaux, le fermier du coin, la boulangerie du coin. C’est beaucoup plus de travail, mais c’est essentiel pour nous.
Pour la bière, c’est la même logique. Pendant un temps, on passait par des distributeurs classiques, avec des bières industrielles. Et puis, en développant le festival, on s’est dit que ça n’avait pas de sens. Si on veut proposer une vraie expérience, il faut aussi proposer une bonne bière.
Depuis 5 ans, on travaille avec la brasserie Nao. Ils font un travail remarquable, beaucoup de recherche, beaucoup d’exigence, et surtout, leur bière est brassée à 30 ou 35 km du festival. C’est une bière artisanale, avec aujourd’hui toute une gamme.
Oui, elle coûte plus cher. Oui, les marges sont moins importantes. Mais on préfère ça. Et le public aussi. Les gens préfèrent boire une bonne bière artisanale locale plutôt qu’une bière sans âme vendue 8 euros.
MadBreizh
Une bière, c’est un détail en apparence. Mais c’est souvent dans les détails que se cache la vérité d’un projet. Un festival qui soigne sa bière est généralement un festival qui soigne le reste. Parce qu’au fond, tout repose sur la même idée. Le respect de ceux qui vont la boire. Merci Maxime pour cette entrevue et on se donne rendez-vous sur le Festival du 30 avril au 3 mai 2026.

Infos, programmation complète et réservations sur https://www.festival-lacorderaide.fr/
Si pas le temps de voir cela en détail : allez hop le lien de la billetterie : https://www.festival-lacorderaide.fr/2_billetterie/
Des tarifs accessibles à tous
Fidèle à son esprit d’ouverture, La Corde Raide propose une grille tarifaire pensée pour tous les publics :
- Tarif solidaire – pour soutenir directement le festival et contribuer à son avenir (avec gobelet
collector offert)
→ Pass 1 jour : 45 € | Pass 2 jours : 79 € | Pass 3 jours : 112 € - Tarif classique – le prix juste pour profiter de tous les concerts
→ Pass 1 jour : 39 € | Pass 2 jours : 69 € | Pass 3 jours : 99 € - Tarif réduit – pour les bénéficiaires du RSA, PSH et accompagnateurs, étudiants, jeunes de 15 à 18
ans
→ Pass 1 jour : 29 € | Pass 2 jours : 52 € | Pass 3 jours : 74 € - Tarif jeune – pour les enfants de 6 à 14 ans révolus
→ Pass 1 jour : 15 € | Pass 2 jours : 27 € | Pass 3 jours : 33 € - Tarif enfant – gratuit pour les moins de 6 ans
Répartition des groupes par jour
- Jeudi 30 avril
- Cali – chanson rock / pop-rock française
- Les Hurlements d’Léo – rock alternatif / chanson festive / ska
- Lofofora – metal alternatif / punk hardcore
- Red Cardell – rock celtique / world music
- Monty Picon – rock cuivré / fanfare alternative
- Resto Basket – punk-rock énergique
- Ivy Bush – pop-rock celtique
- Triskill – fest-noz metal / fusion trad bretonne et metal
Vendredi 1er mai - Tagada Jones – punk-rock / hardcore
- The Last Internationale – rock-blues militant / alternative rock
- Sanseverino – chanson swing / gypsy-jazz
- Opium du Peuple – punk-rock de reprises
- Parpaing Papier – rock alternatif / power-pop
- The Rumpled – folk-rock / celtic-punk
- One Rusty Band – dirty blues / rock’n’roll vintage
- Hop Crushers – folk-rock / reprises trad irlandaises revisitées
Samedi 2 mai - Orange Blossom – electro-world / trip-hop oriental
- Cachemire – rock’n’roll / rock français
- Celkilt – celtic rock / folk-punk
- Rouge à Lèvres – power-trio rock / rock français
- La Phaze – Punk Drum’n’Bas
- Les P’tits Fils de Jeanine – chanson festive / ska-rock cuivré
- Klone – metal progressif / art-rock atmosphérique
- Celt & Piper – celtic rock / folk breton instrumenta






