Cher public mélomane et passionné·e de sensations fortes, tenez-vous bien aux barrières ! On est précisément le jour de la sortie de Reliance, le nouveau bébé des Suédois de SOEN (le 7e opus) et honnêtement, mon thé vert aux épices du matin ne suffit pas à me calmer.
SOEN, pour ceux qui ont passé les dix dernières années coincés dans une crêperie sans Wifi, c’est LE groupe de métal progressif suédois mené par Martin Lopez (l’ex-batteur d’Opeth qui a plus de groove que ton oncle après trois chouchens) et Joel Ekelöf, le chanteur à la voix lisse, envoutante et mystérieuse.
Dès la première écoute, on sent que le groupe n’a pas fait pas dans la demi-mesure, il continue d’explorer ces zones de tension fascinantes entre lumière et ténèbres, calme plat et tempête de riffs. La spécialité du chef, te faire un gros câlin tout en te mettant un coup de rangers dans les côtes. Les riffs sont plus compacts qu’un coffre de Twingo un jour de départ en festoche. Ça tape sec, c’est précis, chirurgical.
L’album nous balance direct « Primal ». Autant vous dire que ce n’est pas une chanson pour cueillir des fraises à Plougastel mais plutôt une ode à la résilience sur des rythmiques qui te font bouger la tête comme un playmobil en plein séisme. Et Joel Ekelöf…que dire ? Ce mec pourrait chanter la liste des ingrédients du kig ha farz que ça te filerait quand même des frissons. Pour décrire ce morceau, Martin Lopez ne mâche pas ses mots : « « Primal » est né d’une frustration profonde face au monde actuel : la division, la corruption et cette emprise étouffante de la technologie. C’est un titre brut, direct, porté par une énergie pure, mais avec ce refrain plein d’espoir qui rappelle que la lumière finit toujours par percer. »
En écoutant « Discordia », ma pref, on flirte avec le djent, les guitares sont plus lourdes qu’une fin de repas de famille un dimanche. Comme si Volbeat avait mangé VOLA en entrée et Sólstafir en dessert ! Les paroles sont comme le cri d’un loup solitaire, un hymne à l’autonomie, même si cela implique de repousser tout le monde… la solitude assumée pour retrouver de la force dans la douleur.
Tout l’album oscille entre la puissance d’un bulldozer et la délicatesse d’un baiser sous la pluie fine de Brest. Ce n’est pas du métal de laboratoire fait par des IA en manque d’amour. C’est organique, c’est vibrant, ça transpire la passion, nom de Zeus ! On y retrouve ce mélange de mélancolie scandinave (ils sont quand même un peu déprimés là-haut, non ?) et de puissance brute. C’est l’album idéal pour rouler sur la N12 à 108 km/h en se prenant pour un guerrier poète contemplant les Alpes Mancelles avec l’œil brillant.
Et puis vient la dernière, un bijou dans son écrin. « Vellichor » explore la phase cachée de la mélancolie lumineuse. Initialement, je ne connaissais pas ce mot mais j’ai tout de suite ressenti ce qu’il voulait dire quand j’ai simultanément écouté et ouvert un dictionnaire. C’est cette nostalgie un peu étrange, cette émotion qui vous prend quand vous entrez dans une vieille librairie et que l’odeur du papier jauni vous saute au nez. Dès les premières notes, l’ambiance feutrée, presque sacrée vous enveloppe, avec des paroles qui nous demandent de garder « la dernière étreinte pour ceux qu’on aime ». Puis ce sentiment de honte qui reflète qui nous sommes quand on sort enfin de la lumière après avoir fait le constat que nous sommes tous les mêmes dans le noir. Que se passe-t-il quand on « tombe en morceaux » ? Musicalement, ce morceau me rappelle clairement l’urgence, le phrasé et la délicatesse d’Antony & the Johnsons dans le titre « Hope there’s someone ».
Pour résumer, Reliance est le mélange parfait entre la classe absolue et la sueur du pit. Joel te chante des trucs tellement beaux que tu crois que tu fixes l’horizon avec un air mystérieux et un t-shirt noir trop grand devant la mer déchaînée de la Pointe du Raz, alors que tu es juste en train d’attendre ton bus à Rennes sous la flotte. C’est LE voyage sensoriel incontournable de ce début d’année, entre beauté, réflexion philosophique et sérum anti-gueule de bois du Dry January. Si vous n’aimez pas, c’est probablement que vous avez des goûts de chiotte ou que vous préférez la flûte à bec.
J’ai envie de mettre la note de 9/10 sur l’échelle des galettes saucisses. (Un point en moins parce que Cody Lee Ford a une chevelure bien plus flamboyante que la mienne et ça me rend jalouse).
On se retrouve dans la fosse pour le grand frisson ? Pour les infos et la billetterie, direction le site officiel : soenmusic.com/tourdates/
Tracklist :
- Primal 4’34
- Mercenary 4’11
- Discordia 3’55
- Axis 4’15
- Huntress 4’44
- Unbound 4’33
- Indifferent 3’37
- Drifter 4’21
- Draconian 4’37
- Vellichor 4’45





