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IL y a des groupes qui répondent gentiment aux interviews. Et puis il y a Psykup, qui débarquent douze idées à la seconde… et une bonne dose d’humanité qui fait franchement plaisir.
On a chopé Julien en pleine vie de groupe, entre des dates qui s’enchaînent et des nouvelles compos déjà en train de pointer le bout de leur nez. Et là, très vite, tu comprends que t’es pas dans une interview classique. Plutôt dans un moment suspendu, comme si t’étais posé avec eux en loge, à écouter défiler les anecdotes, les délires, et quelques souvenirs bien trop rock’n’roll pour être validés par la sécurité sociale.
Disponibles, hyper cool, jamais dans la posture, Julien joue le jeu à fond, même quand on l’embarque sur des terrains un peu tordus. Ça balance des réponses imprévisibles, ça rigole, ça part loin, mais toujours avec ce mélange d’autodérision et de sincérité qui fait toute la différence. Le genre de discussion où tu viens pour quelques questions et tu repars avec un Cerbère dans la tête et deux trois images que tu n’oublieras pas de sitôt.
Et au milieu de tout ça, il y a un détail qui n’en est pas un : leur dernier disque. Une vraie claque. Une tuerie qui confirme que derrière le joyeux chaos, il y a une maîtrise et une créativité assez dingues. Ça part dans tous les sens, mais jamais au hasard.
Bref, une entrevue à leur image : imprévisible, vivante, un peu dangereuse sur les bords… mais surtout ultra généreuse. Et ça, franchement, ça fait du bien.
Interview Psykup – Avril 2026
Laurent : Votre groupe en trois mots. Interdiction de dire métal, brutal ou passion.
Julien : Métissé… curieux… et énergique. Ça représente bien.
Laurent : Et votre actualité en trois mots. Pareil, interdiction d’utiliser le mot album, tournée et projet.
Julien : Bing ! On a encore pas mal de dates qui arrivent un peu partout en France et ça poussera jusqu’à mi-2027. Et on commence d’ores et déjà à écrire pour le disque suivant.
Coralie : Il y aura des festivals ?
Julien : Oui, il y aura des festivals cet été et encore plus l’été prochain. Les prochains qui arrivent : le Plane’R Fest début juillet, le Barbey Rock en juin à Crèvecœur-le-Grand, et on va jouer à Mennecy aussi à la rentrée. Les plus gros festivals, ce sera plutôt pour l’été prochain.
Coralie : Pour votre dernier concert, tu me donnes une note sur dix et pourquoi pas onze ?
Julien : Le dernier en date, c’était le Parisien (le petit bain). C’était vraiment une super soirée, je peux même aller jusqu’à douze. Des gens très réceptifs, très accueillants, ça m’a rappelé les vieux concerts bourrins où tout le monde monte sur scène et fout le bordel. Je me suis pris des micros dans la tronche plusieurs fois, j’en ai même saigné pendant le concert. C’était cool, c’était bien rock’n’roll. La barge a bien tangué.
Laurent : Si votre musique était une créature mythologique, ça serait quoi ?
Julien : Le Cerbère à trois têtes, je dirais. Ce côté plusieurs têtes me plaît parce que c’est un projet qui cache un peu son jeu. Quand on croit le connaître, d’autres facettes arrivent. C’est ce qui fait la force du projet, et c’est aussi ce qui fait la difficulté pour certains d’y rentrer : il faut vraiment être curieux, ouvert, écouter plein de trucs différents et ne pas avoir peur de se faire un peu malmener.
Coralie : On sent bien les énergies différentes selon les morceaux.
Julien : On essaie. On a travaillé pas mal sur le son pour faire en live un mix par morceau, que ça ne soit pas tout pareil, uniformisé. Les passages jazz doivent sonner plus jazzy, les passages funky plus funky, pas tout méga triggé à la batterie, pas tout bourrin. On essaie de nuancer un maximum.
Coralie : Le membre du groupe le plus relou en tournée, et pourquoi c’est toujours lui ?
Julien : En vrai, il n’y a pas de personne reloue dans cette équipe. Il y a une ambiance comme il n’y en a jamais eu dans le groupe. Personne ne se plaint, personne n’est chiant, tout le monde est content d’être là et de jouer. Personne ne traîne la patte, ne plante les autres, n’arrive en retard. C’est une bonne discipline de tous pour assurer le mieux possible. Avant, j’aurais pu te dire des noms, mais là… Non. Le batteur, Brice, il est super posé. Mon gratteux Dorian a une théorie sur lui d’ailleurs : il pense que la personne qu’on voit c’est un avatar, comme dans le film. Le vrai Brice serait sur une autre planète. Lui ça fait trente ans qu’on a fondé le groupe ensemble, c’est comme mon petit frère. Moi, avant, en tournée il y a quinze ans, j’aurais certainement cité mon propre nom. J’avais beaucoup trop d’énergie, je mettais vraiment beaucoup de bordel. La maturité est arrivée un peu tardivement, mais elle est arrivée.
Laurent : Votre pire souvenir de scène, celui qui revient la nuit ?
Julien : Il y a eu une date, il y a très longtemps, avec nos amis de Sidilarsen en Ariège. La soirée se passait bien jusqu’à ce que des sortes de teufeurs très sous produits arrivent et se postent devant nous pendant qu’on jouait. Ils avaient l’air de détester ce qu’on faisait et n’arrêtaient pas de nous insulter, de nous dévisser le pied de micro pendant que je chantais. Au bout d’un moment, l’un d’eux, qui était très très défoncé, a fini par se fracasser délibérément la tête sur le bord de scène à mes pieds. Il s’est ouvert l’arcade, il s’est mis à pisser du sang partout. On était là, on ne savait pas trop quoi faire. Il s’est relevé, s’est refrappé la tête, a resaigné et s’est mis du sang partout sur lui, puis il a couru dans les gens pour leur en mettre dessus. Là, on a arrêté. Les gens ont reculé à dix kilomètres, ça a un peu flingué la soirée. Les Sidilarsen étaient désolés. La soirée a repris, le mec est parti en ambulance parce que ses potes le laissaient saigner par terre. Voilà, c’était très très rock’n’roll. On en parle souvent parce que c’est une date qui nous a marqués. On ne demande pas qu’un mec pisse le sang à mes pieds pendant un concert.
Coralie : Le meilleur compliment bizarre qu’on vous ait fait sur votre musique ?
Julien : C’est quand des gens qui n’écoutent pas du tout de métal nous disent : « Moi, je n’aime pas du tout le métal, j’en écoute pas, mais j’adore ce que vous faites. » C’est un super compliment parce que ça montre qu’on peut faire du métal à tendance extrême, avec des passages très violents, et quand même avoir de la mélodie, accrocher des gens qui n’écoutent pas ça et leur montrer que le métal ce n’est pas uniquement les clichés qu’on peut avoir. On n’est pas du tout dans les clichés virilistes ou le côté métal bourrin, guidé, masculin. Et du coup, ça peut réunir des gens plus généralistes, et ça c’est un bon compliment qu’on nous a fait plusieurs fois.
Laurent : Le groupe que vous adorez mais que vous ne pourriez jamais avouer en public.
Julien : Je ne connais pas la notion de plaisir coupable. Je n’accepte pas ça. Tous les plaisirs que j’ai sont des plaisirs assumés. Si j’aime quelque chose, je vais le défendre bec et ongles et le dire haut et fort. Par exemple, Babymetal : beaucoup de gens détestent et disent que c’est nul, de la soupe… Moi, j’adore. Je trouve ça super frais, original, fou. Je rêverais de jouer avec eux ou de les voir au moins une fois. Il y a un côté peut-être un peu préfabriqué, les filles sont un peu interchangeables, je ne connais pas tous les tenants et aboutissants, mais ils ont mélangé le côté J-pop et métal et c’est vachement bien. Que ce soit un coup marketing sur certains points, peut-être, mais moi j’écoute de la musique, je ne vais pas trop réfléchir à ça.
Coralie : Si vous deviez changer de style musical demain sous la menace, vous faites quoi ?
Julien : Ça ne me gênerait pas, honnêtement. Depuis le début, avec les autres, Psykup c’est : tout est possible. On a fait des morceaux acoustiques, un morceau rap, de l’électro, du jazz, plein d’instruments divers et variés. Le truc que je n’ai pas encore essayé, c’est le reggae. Je ne suis pas spécialement fan, mais il y a des groupes de reggae que j’aime bien. Si on mettait un flingue sur la table, je dirais pourquoi pas. Vraiment sous la menace par contre. Et la musette… selon ce que tu en fais. Tu peux prendre un style et le tordre. Vu la personnalité que j’ai, si tu me mettais dans une autre catégorie, je me démerderais pour le tordre quand même.
Laurent : Votre rituel avant de monter sur scène, même s’il est ridicule.
Julien : On a une phrase qu’on se dit tout le temps, complètement con : « On n’a pas fait toutes ces bornes pour rien. » C’était dit une fois pour déconner sur un plan où il y avait trois pelés et on avait fait beaucoup de bornes. Ça nous a caractérisés : quoi qu’il arrive, qu’il y ait du monde ou pas du monde, qu’on soit crevé ou pas, on y va quand même de bon cœur. Pas de petits ou de grands concerts. Il y a aussi le petit shot de Jack avant de monter sur scène, ça met à peu près tout le monde d’accord. Moi j’y vais des fois et des fois non. Pas de pyramide humaine, pas de roulade, c’est assez soft.
Coralie : Le morceau à vous que vous feriez écouter à quelqu’un qui déteste le métal ?
Julien : « Bigger Than Life » du dernier album. C’est funkysant, ça va vers les voix R’n’B sur le refrain, c’est moins métal que les autres mais avec quand même des doses de métal. Il y a beaucoup de mélodie, c’est très groovy, en général les gens qui n’aiment pas spécialement le métal aiment bien ce morceau. Je proposerais celui-là en premier, en prévenant quand même : si tu écoutes le reste, tu vas avoir des surprises. Il y a des morceaux très violents.
Laurent : Le titre dont vous êtes le plus fier en ce moment ?
Julien : Il y a un titre dont je suis très fier et qu’on n’a pas encore joué en live, c’est « Hopefulning » de « Hello Karma! ». Ça fait longtemps que je voulais faire une sorte de ballade un peu grungy rock des années quatre-vingt-dix. Je l’ai fait, le morceau sonne super, je suis content du texte et de l’atmosphère. On va le jouer à la rentrée, à La Loko en octobre. Il est tellement différent du reste que ça passera ou ça ne passera pas avec les gens, mais on s’en fout un peu, on fait ce qu’on veut.
Coralie : Et pourquoi le set change au fur et à mesure de la tournée ?
Julien : On affine. Au début on essaie des trucs, on voit comment ça réagit avec les gens, comment on sent les morceaux sur scène, comment ça s’enchaîne. On a aussi différents sets selon qu’on est tête d’affiche ou en festival. Depuis un moment, ça ne bouge plus, mais à la rentrée on veut intégrer deux ou trois nouveaux trucs. Il y a des classiques comme « Love Is Dead » ou « Teacher » qu’on est presque obligés de jouer parce que les gens veulent les entendre. Mais là on défend le nouvel album et on en joue sept sur scène. À la rentrée, on passera à neuf sur onze morceaux. C’est la première fois qu’on a autant envie de jouer des nouveaux trucs, c’est bon signe, ça prouve qu’on est vraiment contents du dernier.
Laurent : L’influence la plus inattendue qu’on retrouve sur votre dernier album ?
Julien : Quand je compose, je n’écoute pas du tout de métal. J’écoute plutôt du jazz, de la musique de film ou de la soul. Et sur ce dernier album, j’ai bloqué beaucoup sur une artiste anglaise qui s’appelle Celeste. Je la trouve géniale, elle a une voix de ouf, c’est un peu entre Adele, Amy Winehouse et Billie Eilish. Elle est très jeune et elle déchire. Ça, c’est un truc que j’ai vachement écouté pendant la prépa de l’album. Ça influence mon écriture de loin, ça ne s’entend pas forcément, mais ça a une répercussion inconsciente sur les mélodies ou les virages. Je suis aussi professeur de chant et j’ai des jeunes groupes qui me demandent : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ça marche ? » Et je leur dis que c’est pas la bonne question. Il ne faut pas essayer de s’inspirer de ce qui marche, il faut faire ce que tu sens toi dans tes tripes le mieux. La sincérité, c’est ce qu’il y a de plus important. Et si t’as des influences hors métal qui arrivent, il ne faut pas les repousser, c’est vachement intéressant.
Coralie : La pire phrase qu’on pourrait écrire pour résumer votre musique ?
Julien : Que Psykup c’est que du second degré. Il y en a évidemment, parce que comme l’avait dit Devin Townsend, une de mes idoles, on ne peut pas faire du métal complètement premier degré. C’est une musique hyper épique, intense, on hurle dans la gueule des gens, il y a un côté fou, pas naturel. Si tu prends ça méga premier degré, tu deviens une sorte de métalleux viriliste un peu débile. J’adore que Devin Townsend, avec son niveau de génie, ait ce recul et cette autodérision. Pour moi l’autodérision, c’est salvateur et c’est le concept du dernier album. « Hello Karma! » s’appelle comme ça notamment à cause d’une phrase de H.G. Wells : « La crise d’aujourd’hui est la blague de demain. » C’est une phrase qui m’a beaucoup aidé dans la vie parce qu’elle permet de relativiser. Mais il faut aussi faire les choses très sérieusement, et il y a beaucoup de choses très premier degré dans Psykup : des morceaux plus tristes, plus sérieux, des trucs plus dark. C’est ce qu’on a voulu symboliser sur la pochette avec le clown et le boxeur. Le clown, c’est la facette déconne, barjo, farfelue. Le boxeur, c’est le côté plus sérieux, plus de bouteille. Deux facettes qui s’affrontent et qui font partie intégrante du groupe. Quand les gens écrivent qu’on est un groupe hyper rigolo où tout est rigolo, je me dis merde, on n’est pas du tout sur le créneau d’Ultra Vomit – que je respecte beaucoup, ce sont des potes – mais qui sont dans un truc complètement second degré. Nous, on n’est pas là-dedans.
Laurent : Le meilleur endroit pour découvrir votre musique : avec un casque, en bagnole, dans une cave, pendant un tsunami ?
Julien : Pendant un confinement, je dirais. Non, mais il faut prendre le temps. La musique se consomme aujourd’hui de façon terrible : il faut que tout soit compréhensible en dix, quinze, vingt secondes, et du coup si tu veux développer quelque chose de plus progressif, plus subtil, plus élaboré, tu passes à la trappe. Il y a des gens pendant le confinement qui se sont remis à lire, à écrire. Je ne blâme pas les gens, on a des vies très speed, le soir on zappe un peu sur son téléphone. Mais moi, j’ai grandi dans une génération où quand on écoutait un disque, on le ponçait en entier plein de fois, on lisait tous les textes, on s’immergeait dans l’univers. Psykup ça se découvre en ayant le temps de le faire. C’est pas un truc que tu peux écouter en faisant autre chose, tu vas passer à côté de certaines choses. Je sais que c’est exigeant, mais je trouve que c’est bien de ne pas prendre les gens pour des idiots et de ne pas leur donner de la soupe consommable à toute vitesse. Je ne vois pas l’intérêt de le faire, c’est insultant pour le public.
Coralie : Vous êtes plutôt en création, en tournée ou en survie en ce moment ?
Julien : Un peu entre les deux, toujours. En tournée, dès qu’il y a une idée pour une future compo, je la note ou je l’enregistre sur mon téléphone. J’ai déjà beaucoup de notes mises de côté depuis plus d’un an. Il reste deux dates avant l’été, donc cet été on va se mettre à préproder des trucs. À la rentrée on repart en tournée plus intensive. Et on va continuer à proposer des choses autour de la musique : des play-through, des vidéos où on nous voit jouer ou jouer en studio. Pour le nouvel album, on vise 2028.
Laurent : Si on vous croise, qu’est-ce qu’on vous offre à boire ?
Julien : On aime bien le whisky, ça met à peu près tout le monde d’accord. Mais on a un bassiste qui est méga fan de la liqueur de poire. La bonne poire qui t’arrache la gueule. Quand on tombe dans un village et qu’il en trouve, c’est le plus heureux du monde. Il aime bien découvrir les alcools du cru.
Laurent : Des désinfectants, quoi.
Julien : Exactement.
Interview réalisée par Laurent et Coralie pour MadBreizh – Avril 2026
Merci à Marine HONORÉ
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