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La plupart du temps, écrire une chronique ou un live report est une activité tout à fait naturelle. Vous le savez maintenant, vous qui me suivez (un peu), je suis un bavard. J’aime coucher sur le papier virtuel mes meilleures impressions et vous faire vivre ma passion dans les lignes successives de votre webzine préféré.
Cependant, là, le temps passe et je suis coincé. Je ne bute pas sur le plaisir évident que j’ai pris à regarder les shows électriques de Vokdäll et Lofofora. Je ne manque pas d’anecdotes sur le déroulé de la soirée dans cette salle du Novomax, pleine à craquer de metalleux dont une belle proportion venait de Douarnenez, fief des vauriens de Vokdäll et de moi-même.
Non. Ce qui coince, c’est que ce sont les copains! Du coup j’écris un paragraphe. J’efface. Je modifie. Je recommence… Mais rien ne convient. Tel l’artiste faisant les cent pas derrière le rideau épais de la salle de spectacle avant de commencer son show, je doute. Je me demande si je fais le bon choix, si je vais répondre aux attentes. Mais l’avantage pour moi, c’est que je décide de l’ouverture du rideau. Quand vais-je me dire que “ça va le faire”, comme d’habitude?
Alors fini de tourner en rond. Fini la grosse parenthèse existentielle. Place au spectacle.

En ce 31 janvier 2026, dans une ambiance baignée de rouge qui illumine en arrière scène le superbe flag à leur effigie, Vokdäll met le son. A bloc. Lolo percute la caisse claire à un rythme effréné. Richard envoie les riffs soutenus, accompagné d’une ligne de basse assurée de doigts de maître par le pétillant Jean-Marc. Devant ce trio de zikos, habité comme à chaque fois par l’esprit pur de la scène, Mich vocalise entre le flow percutant du HardCore et les vibrantes gluturations Metal. La sauce prend très vite. Ils nous mettent plein la tronche en un quart de seconde.
Jouer en ouverture de Lofo était un challenge émotionnel pour les copains qui, le midi même, oscillaient bien involontairement entre la hâte et l’appréhension. Ils ne tenaient pas en place, dévorés par l’envie d’en découdre. Maintenant que leur show est en route, ce sont bien leurs 30 ans de musique et d’amitié qui prennent le dessus. Ils aiment jouer ensemble. C’est d’un naturel qui frappe à les contempler sur les planches. Ils aiment aussi jouer pour du public. Cette salle comble, affichée complète quelques jours auparavant, leur offre un public à conquérir. Le premier rang, presque exclusivement douarneniste, aide à la montée des températures corporelles et à la mise en mouvement.
Entre deux morceaux, Mich aime à rappeler qu’ils s’appellent Vokdäll parce que “Vokdäll, ça vaut que dalle !”. L’adage est adopté et scandé par le public, amusé du jeu de mot mais très certainement peu d’accord avec cette paronomase.

C’est un set de folie. Les influences punk et hardcore sont indégniables dans ce metal énergique. Voilà trois ans que Richard, nostalgique de la gratte depuis une vingtaine d’années, a proposé de créer une formation extrême. On devine pour sa part les bases Thrash qui permettent une composition fusionnelle avec les goûts et les énergies de chaque membre du groupe.
Ils sont increvables, à l’image de la batterie qui tabasse sans aucun relâchement et la basse, dont le jeu de JM n’a rien à envier à Steve Harris. Quant à MC, son chant puissant et lyrique s’essaye à merveille au guttural comme sur Pigs, un titre phare de la formation finistérienne. D’ailleurs, il gluture en inspirant… Vous avez essayé? Moi je ne sais pas faire !
Ces garçons nous ont donné leur énergie et leurs tripes dans un set musclé. Le son nous a brutalisés ; les paroles percutés, dans des chansons aux sujets parfois engagés. Mais nous avons été accompagnés par des artistes proches et chaleureux. Ils n’en sont pas à leur galop d’essai et ils tiennent ici un show et une formation qui peuvent très vite s’imposer sur la scène émergente. Peut-être seront-ils un jour en tête d’affiche comme les vieux briscards de Lofofora. “Les vieux darons chauves” comme le dit Reuno, leur chanteur.





Incontournable de la scène pour toute personne souhaitant passer un bon moment musical dans une ambiance engagée mais légère, Lofofora a présenté un set majeur sous les toits du Novomax. Leur dernière visite remonte à six ans pour fêter l’anniversaire des dix ans de gestion du lieu par l’association Polarité[s].
Ravis de leur retour, les gaziers assurent ! 37 ans de scène à prononcer des paroles en français qui racontent leur vision du monde qui nous entoure dans un rock nerveux et alternatif. Il n’ y a pas de chichi. T-shirt baskets, short et chaussettes hautes, l’essentiel est ailleurs et c’est une communion qui s’entame entre le public quimpérois et le groupe. Les spots délivrent une intense lumière blanche sur les membres du groupe. Phil, bassiste de la première heure, assure comme une bête aux côtés de Daniel à la gratte.

Premier tube, premier slam par une courageuse spectatrice qui permet à Reuno de nous haranguer avec humour sur notre capacité à être un véritable public, dansant et bruyant ! “On était de l’autre côté de la frontière hier… Dans le 35. Ils étaient dingues ! Vous allez l’être aussi ou c’est un casting de public?” annonce-t-il. Le quatuor garde le rythme par les battements groovy et puissants de Vincent, déjà bien à l’aise de jouer torse nu. Et il fait bien car le set accélère, entraînant les têtes au rythme des tubes de leur dernier album, Coeur de cible, sorti en 2024. Entre deux morceaux, Reuno nous remue. Il nous motive encore pour que nous aussi, nous donnions tout pour eux.
La motivation se fait sentir par l’enchaînement de slameurs qui affrontent les mains des premiers rangs. Mais hors de question de se laisser tomber avec prudence, Reuno veut de la volonté, de l’engagement ! Si tu veux slamer, tu sautes dans la fosse !Les paroles directes se laissent écouter, tel “On nous dit que les vrais méchants opèrent en bande et vendent du shit. Y’a moins de bandits en banlieue que sur les bancs de la République”. Il faut donc avouer qu’au-delà de la musicalité, des riffs aux petits oignons et de l’énergie inusable de Lofofora, le public peut donc profiter de propos qui interpellent, sincères, qui dépassent le simple divertissement pour toucher à quelque chose de plus essentiel.
La soirée se termine dans une chaleur intense apportée par la vigueur et le cœur des artistes et par le grabuge bon enfant du public. Le Novomax, lieu de bien des concerts tout au long de l’année, a fait mouche et carton plein avec cette soirée Metal et il saura très certainement nous proposer d’autres moments de folie aux headbangers de tous âges.
(Crédits photos : Moi même)













