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TankrusT – « Shrike » : Vingt ans de rage et ça repart en piqué

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Savez-vous ce qu’est un Shrike ? C’est un moineau. Ouais, un petit oiseau tout mignon. Sauf que ce petit salopard empale ses proies vivantes sur des épines ou des barbelés pour les dévorer à l’aise. Il s’appelle aussi « pie-grièche » en français, mais TankrusT a eu la sagesse de ne pas appeler son album « Pie-Grièche » parce que ça aurait sonné comme un fromage régional plutôt que comme un disque de metal francilien capable de vous retourner les cervicales.

C’est aussi le nom d’un missile de la Seconde Guerre mondiale. Donc voilà : petit, tranchant, mortel, et il fonce droit sur vous sans prévenir. Si ça c’est pas une carte de visite, on ne sait pas ce qu’il vous faut.

Presque vingt ans. TankrusT est né en décembre 2006, à une époque où MySpace était encore une chose et où personne ne savait vraiment ce que voulait dire « streamer de la musique ». Pendant que le monde numérique se réinventait dix fois, eux ont continué à faire la seule chose qui compte : monter sur scène et transformer des salles en zones sinistrées de la meilleure façon possible.

Le groupe francilien n’a jamais joué la carte de la subtilité. Leur recette ? Thrash, death, hardcore, une pincée de brutal death ici, une lichette de djent là, le tout mixé dans un blender dont quelqu’un a arraché le couvercle. On pense à Lamb of God, on pense à Machine Head, et puis on les écoute vraiment et on réalise que ces cinq-là ont leur propre logique interne, leurs propres cicatrices, leur propre façon de construire un riff qui vous colle une patate mentale dont vous vous remettez trois jours après.

Un EP en 2013, deux albums en 2015 et 2019, et une réputation de groupe de scène qui ne ment pas sur la marchandise. Le Hellfest Metalcorner, le Normandy Metal Fest, le Mennecy Metal Fest, des premières parties de Loudblast et Debauchery… TankrusT n’a pas construit sa légende dans un studio feutré avec des bougies parfumées. Il l’a construite à coups de concerts brûlants, de sueur collective et de mosh pits qui ressemblent à des réunions de copropriété version post-apocalyptique.

Et donc, Shrike. Troisième album. Dix titres. Mixé par Andrew Guillotin, masterisé par Thibault Chaumont, visuellement habillé une fois encore par Tib Gordon qui assure une cohérence graphique sur toute la discographie comme un tatoueur qui travaille sur le même bras depuis dix ans.

Ce disque est une synthèse. Pas le genre de synthèse paresseuse du groupe qui se recycle en mode greatest hits de lui-même, non. Plutôt la synthèse du mec qui a vécu des trucs, qui regarde dans le rétroviseur non pas avec nostalgie mais avec l’oeil froid de quelqu’un qui sait exactement où il va. Les guitares sont plus versatiles, les riffs plus tortueux, la production plus riche. Mais le moteur est le même : cette énergie continue, obsessionnelle, ce refus absolu de laisser l’auditeur souffler.

Les textes ? Des réflexions sur la société actuelle, comme d’habitude chez TankrusT. Sauf que cette fois la lumière est plus crue, plus radicale. Moins de nuances, plus de lame. C’est cohérent avec le nom de l’album finalement : le Shrike n’hésite pas, il empale et il passe à la suite.

Il y a des groupes qui font de la musique pour qu’elle existe sur un disque. TankrusT fait de la musique pour que ça saute, que ça transpire, que ça gueule. Chaque morceau de Shrike est taillé pour la scène comme une arme est taillée pour un usage précis. Ce n’est pas de la violence gratuite, c’est de la violence partagée, ce truc rare où tout le monde dans la salle se retrouve dans la même communion exutoire, le temps d’un set qui laisse des marques.

Vingt ans de route. Troisième album. Et l’envie intacte de vous mettre la tête à l’envers.

Le Shrike empale ses proies sur des épines. TankrusT, lui, les laisse repartir avec le sourire. C’est presque pire.

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